J’ai déjà assez longuement parlé dans le forum du plus célèbre recueil de contes fantastiques chinois du XVIIIème siècle, le
Liaozhai Zhiyi de Pu Songling : c’est l’une de mes œuvres chinoises préférées,

et l’une des plus belles de son temps. L’une des plus chères également au cœur des Chinois, et dont l’imaginaire imprègne profondément, aujourd’hui encore, la culture chinoise, au même titre que celui des
Contes de Perrault peut imprégner la culture française.
Aussi, juste pour le plaisir

, j’ouvre un court sujet destiné à présenter quelques-unes des très nombreuses adaptations cinématographiques que ce recueil a suscitées. Je le poste ici et non dans la partie cinéma, vu qu'il ne s'agit pas de représentations du XVIIIème siècle chinois, mais d'adaptations d'une oeuvre littéraire chinoise du XVIIIème siècle... Je ne sais pas si j'ai raison, mais je compte sur Louis-Auguste pour rectifier au besoin.
J'ajoute à mes sujets des images, pour faire rêver et, peut-être, pour donner envie d’aller lire les contes qui les ont inspirées –voire pourquoi pas, de se frotter carrément aux films.
Toutes les adaptations cinématographiques que je connais de l’œuvre de Pu ont été produites et tournées à Hong Kong et à Taiwan. Il y a une raison à cela : le thème des « histoires de fantômes » est utilisé en Chine, au moins depuis les Song, comme un moyen privilégié de critique indirecte de la société ou de la politique du temps (critique dont les contes de Pu offrent, dans le cas du XVIIIème siècle, un exemple particulièrement virulent). A ce titre, il est frappé d’interdiction en Chine populaire

et ne peut donc aujourd’hui fleurir que dans les « petites Chines », relativement épargnées par la censure pékinoise.
Je commence ce soir par la nouvelle
Hua Pi, « La Peau peinte », en l’honneur de la toute récente adaptation de Gordon Chan, qui sort ces jours-ci à Hong Kong.
C’est l’histoire, très triste, d’une « démone » qui ne peut se nourrir que de cœurs humains, et qui pour les obtenir, se recouvre d’une peau de femme peinte, se transformant ainsi en belle jeune fille.
Ses amants connaitront tous un triste sort… sauf le dernier, un pauvre homme qui sera sauvé, in extremis, par la vertu d’un étrange taoïste et par l’amour de son épouse.
Le grand cinéaste King Hu a adapté
Hua Pi dans son dernier film, en 1993.
Il ne s'agit pas, loin de là, de son chef-d’œuvre, malgré une distribution en or : Adam Cheng en époux volage, Sammo Hung en taoïste colérique et débonnaire, et surtout pour incarner la fausse jeune fille, la belle Joey Wong, « le » visage hong kongais des fantômes chinois (mais j’y reviendrai

). Mais c’est un film attachant, gracieux et assez émouvant : cela malgré de grosses lacunes dans les effets spéciaux, qui gâchent en partie l’aspect visuel du film et le privent de l’aura d’horreur poétique qu’il aurait dû avoir.
La nouvelle adaptation fait très envie : elle bénéficie d’une image somptueuse, d’acteurs à la mode à défaut d’être d’un talent totalement indiscutable… Et son metteur en scène est un des très bons artisans du cinéma HK. Quelques images pour donner une idée…
Je crains que ce film, qui est actuellement l’événement cinématographique de Hong Kong, ne sorte pas sur les écrans français…

Mais le DVD sera probablement assez rapidement disponible.
