Je donne un petit complément à ce sujet, à la faveur du film
Les Trois Royaumes qui sort en ce moment sur les écrans en France, et dont, peut-être, vous avez pu voir les affiches.
Ce film n’a rien à voir avec le XVIIIème siècle, donc je n’en parlerai pas

, mais il faut savoir, que certains de ses personnages sont devenus des dieux pour le taoïsme. Ces grands hommes qui vivaient au IIIème siècle, renommés pour leurs vertus, ont été considérés comme montés à leur mort dans les cieux taoïstes et donc, ils ont bénéficié d’un culte assez tôt dans cette religion.
Ici je voudrais juste montrer un bel exemple du XVIIIème siècle, d’une série de statues consacrées aux dieux du royaume de Shu. C’est un des trois royaumes du film, dont le territoire correspond aujourd’hui en gros

aux Hunei, Hunan et Sichuan, et un petit peu du Shaanxi. Il n’a pas existé longtemps, pas plus que le royaume de Wu, son allié dans le film : ces royaumes sont devenus ennemis et se sont entredétruits très rapidement. Mais les seigneurs qui les avaient fondés et défendus sont devenus des dieux.
Pour Shu, donc, son roi Liu Bei, son ministre Zhuge Liang et ses généraux, frères jurés du roi, Guan Yu et Zhang Fei, ont tous été divinisés. A la fin du XVIIème siècle, sur un très vieux temple qui leur était consacré à Chengdu, proche du tombeau de Liu Bei, on a érigé un temple nouveau, riche et luxueux, le "Temple du Marquis de Wu" (titre de Zhuge Liang) ; on y a placé, durant le siècle suivant, des statues les représentant.
En voici quelques-unes. Dans l’ordre, Guan Yu (deux fois), Liu Bei, Zhang Fei et Zhuge Liang.

Ces statues ne peuvent pas être datées avec certitude

, sauf leur siècle, qui est le XVIIIème. Elles sont en bois, partiellement articulées et munies de cheveux et de barbes naturels. Leurs vêtements sont peints. Elles témoignent d’une forme d’art taoïste local, mais raffiné, très développée en Chine à cette époque, et l’image qu’elles donnent de ces « dieux fondateurs » est devenue classique. Ce mot n’est pas très bon, et peut-être il faudrait écrire plutôt qu’elle est devenue « de convention ». Je veux dire, que par la suite on les a presque toujours représentés ainsi, et dans le film encore aujourd’hui, on peut voir l’influence de ce type de figuration dans les costumes et les attitudes des personnages.
Ces dieux sont toujours très vénérés actuellement ; leur culte n’a jamais été interrompu, ce qui explique que ces statues aient pu être préservées, alors que la plupart du même genre en Chine ont été détruites au cours du XXème siècle.
