Je commence donc par une grande œuvre de l’art bouddhique japonais du XVIIIème siècle visible à Paris, le
Bouddha de Meguro.
Il s’agit d’une statue représentant Amitabah, le Bouddha de Lumière dont le culte est au centre de l’Ecole de la Terre Pure, une école du bouddhisme très représentée au Japon, et en Chine aussi, et qui a connu un grand développement pendant le XVIIIème siècle.
Cette sculpture est en bronze, datée du début du XVIIIème siècle.
Elle a été fabriquée dans un atelier de Tokyo situé dans le quartier de Meguro, pour un petit temple local d’Amitabah, le Banryûji, qui dépendait de l’Enzanji, le grand temple de la Terre Pure. Dans ce temple, elle était entourée d’autres statues selon les règles bouddhiques de représentation d’Amitabah, (donc avec Avalokitesvarah et sans doute Akshobhya) et elle est restée en place jusqu’au XIXème siècle.
Un incendie a détruit à la fin du XVIIIème siècle la structure en bois qui la protégeait mais ne l’a pas abîmée : à l’époque on a considéré cela comme un miracle.
Mais la conservation de cette grande statue posait des problèmes et le temple avait besoin d’argent : aussi elle a été laissée à l'abandon

, puis vendue à un collectionneur français, Henri Cernuschi, qui l’a fait découper et expédier à Paris.

Elle a été remontée en France, pas très bien semble-t-il

, et exposée au Palais de l’Industrie, avant de venir prendre place dans l’hôtel particulier qui est devenu le musée Cernuschi.
C’est une oeuvre vraiment belle, et un exemple très typique de l’art bouddhique japonais au XVIIIème siècle.
Amitabah est représenté selon les règles classiquesde son image dans l‘iconographie bouddhique. Il fait le geste de l’enseignement de la Loi (la main levée avec index replié), ce qui est un des deux gestes bouddhiques qui lui sont normalement attribués, avec celui de la méditation (les deux mains posées à plat l’une sur l’autre). Il est assis sur le lotus qui symbolise la pureté qui règne dans son paradis, et sur ce lotus est gravé le
Sutra du Coeur, qui est son sutra par excellence. Il a les yeux baissés, selon son appellation sanscrite de
Seigneur qui regarde vers le bas, et s’incline légèrement vers les fidèles à qui il enseigne la Loi.
La statue est bien exposée et mise en valeur aujourd’hui, dans le très beau musée fondé par Henri Cernuschi.
Elle est placée dans une salle qui a été construite pour elle (vu sa taille il fallait une salle spéciale, et une structure suffisante aussi pour supporter son poids de sept tonnes…

). C’est peut-être un peu dommage, par contre, que sa présence ne soit pas mieux expliquée

car elle est présentée d’une façon qui peut tromper les visiteurs.
En effet la statue est associée à un ensemble (très beau) d’art bouddhique chinois d’époque antique, et notamment à une autre représentation d’Amidah assis, qui est chinoise, en marbre et de l’époque des Qi du Nord (donc du VIème siècle). La comparaison entre les deux statues est très éclairante et utile, mais comme on ne dit pas que le grand Amitabah de bronze est japonais et d’époque moderne, on peut croire qu’il est chinois et antique lui aussi…
A cela près, c’est un bel exemple d’art bouddhique que je recommanderais d’aller voir aux amateurs, et d’autant plus volontiers que le musée est d’accès libre.
