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 Sujet du message: L'art bouddhique en Asie au XVIIIème siècle
MessagePosté: 28 Oct 2007, 14:06 
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Voici une nouvelle série de messages : elle est destinée à présenter des oeuvres diverses, appartenant au domaine de l'art religieux bouddhique, tel qu'il fut pratiqué en Asie pendant le XVIIIème siècle. Les oeuvres choisies appartiendront à des traditions différentes et à des pays différents.

Je décrirai d'abord des oeuvres visibles en France, puis dans un second temps je passerai à des oeuvres conservées en Asie.


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MessagePosté: 28 Oct 2007, 14:16 
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Je commence donc par une grande œuvre de l’art bouddhique japonais du XVIIIème siècle visible à Paris, le Bouddha de Meguro.

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Il s’agit d’une statue représentant Amitabah, le Bouddha de Lumière dont le culte est au centre de l’Ecole de la Terre Pure, une école du bouddhisme très représentée au Japon, et en Chine aussi, et qui a connu un grand développement pendant le XVIIIème siècle.

Cette sculpture est en bronze, datée du début du XVIIIème siècle.

Elle a été fabriquée dans un atelier de Tokyo situé dans le quartier de Meguro, pour un petit temple local d’Amitabah, le Banryûji, qui dépendait de l’Enzanji, le grand temple de la Terre Pure. Dans ce temple, elle était entourée d’autres statues selon les règles bouddhiques de représentation d’Amitabah, (donc avec Avalokitesvarah et sans doute Akshobhya) et elle est restée en place jusqu’au XIXème siècle.
Un incendie a détruit à la fin du XVIIIème siècle la structure en bois qui la protégeait mais ne l’a pas abîmée : à l’époque on a considéré cela comme un miracle. :P
Mais la conservation de cette grande statue posait des problèmes et le temple avait besoin d’argent : aussi elle a été laissée à l'abandon :oops: , puis vendue à un collectionneur français, Henri Cernuschi, qui l’a fait découper et expédier à Paris. :shock: Elle a été remontée en France, pas très bien semble-t-il :oops: , et exposée au Palais de l’Industrie, avant de venir prendre place dans l’hôtel particulier qui est devenu le musée Cernuschi.

C’est une oeuvre vraiment belle, et un exemple très typique de l’art bouddhique japonais au XVIIIème siècle.

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Amitabah est représenté selon les règles classiquesde son image dans l‘iconographie bouddhique. Il fait le geste de l’enseignement de la Loi (la main levée avec index replié), ce qui est un des deux gestes bouddhiques qui lui sont normalement attribués, avec celui de la méditation (les deux mains posées à plat l’une sur l’autre). Il est assis sur le lotus qui symbolise la pureté qui règne dans son paradis, et sur ce lotus est gravé le Sutra du Coeur, qui est son sutra par excellence. Il a les yeux baissés, selon son appellation sanscrite de Seigneur qui regarde vers le bas, et s’incline légèrement vers les fidèles à qui il enseigne la Loi.

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La statue est bien exposée et mise en valeur aujourd’hui, dans le très beau musée fondé par Henri Cernuschi.
Elle est placée dans une salle qui a été construite pour elle (vu sa taille il fallait une salle spéciale, et une structure suffisante aussi pour supporter son poids de sept tonnes… :shock: ). C’est peut-être un peu dommage, par contre, que sa présence ne soit pas mieux expliquée :oops: car elle est présentée d’une façon qui peut tromper les visiteurs.

En effet la statue est associée à un ensemble (très beau) d’art bouddhique chinois d’époque antique, et notamment à une autre représentation d’Amidah assis, qui est chinoise, en marbre et de l’époque des Qi du Nord (donc du VIème siècle). La comparaison entre les deux statues est très éclairante et utile, mais comme on ne dit pas que le grand Amitabah de bronze est japonais et d’époque moderne, on peut croire qu’il est chinois et antique lui aussi… :shock: :oops:

A cela près, c’est un bel exemple d’art bouddhique que je recommanderais d’aller voir aux amateurs, et d’autant plus volontiers que le musée est d’accès libre. :bravo3:


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MessagePosté: 28 Oct 2007, 15:20 
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Inscription: 09 Oct 2007, 21:55
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merci Sam Wong pour cette agréable description :D Il est vrai que le musée Cernuschi est magnifique et en plus il est situé près du parc Monceau ce qui ne gâche rien.


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MessagePosté: 28 Oct 2007, 20:00 
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Inscription: 30 Jan 2006, 16:42
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Localisation: Touraine
Merci Sam Wong pour cette présentation !
Je vais enfin pouvoir en appendre un peu plus sur l'art Bouddhique. :wink:
Je l'avais étudié pour sa période antique en Inde, puis à travers sa diffusion en Chine à l'époque des Han ( je pense notamment aux sites de Dunhuang, Yungang et Longmen ) et son développement jusquà la dynastie de Tang.
J'en apprendrais donc un peu plus avec vous, même si il me manquera peut-être quelques connaissances sur la période intermédiaire entre les Tang et les Qing. :?
Mais l'histoire de Bouddha et ses disciples restant la même, je ne devrais pas avoir trop de soucis de compréhension ! :wink:

:idea: Reprenez moi si je commets une quelconque erreur de transcription des noms chinois, car si je sais qu'il y a eu en France deux écoles, je ne sais jamais si j'applique bien celle de l'école officielle actuelle !

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Il n'y a que les passions et les grandes passions, qui puissent élever l'âme aux grandes choses. (Denis Diderot)


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MessagePosté: 28 Oct 2007, 21:38 
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Inscription: 28 Sep 2007, 13:04
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Merci de votre intérêt, Maria-Antonia.

C'est normal que vous n'ayez pas étudié l'art bouddhique chinois des Qing, parce qu'au XVIIIème siècle, cet art était très peu développé en Chine. :oops: Les temps de sa splendeur, qui correspondent aux époques que vous avez étudiées, étaient bien révolus. Cela vient du fait que les empereurs mandchous, qui de leur propre religion appartenaient au bouddhisme tibétain, persécutaient pour des raisons politiques le bouddhisme purement chinois, Chan et Terre Pure.
En même temps, ils échangeaient beaucoup d'oeuvres bouddhiques avec le Tibet et faisaient créer aussi en Chine des oeuvres inspirées de l'art tibétain : ces oeuvres sont assez peu prisées. Je crois qu'il faut reconnaître qu'elles sont d'un goût souvent douteux. :oops:

Quelques exemples vous feront saisir ce que je veux dire, enfin il me semble. :oops:

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On ne peut pas vraiment parler de chefs-d'oeuvre, n'est-ce pas? :( :oops: :lol:
La troisième pièce est une curiosité : c'est une soie brochée de technique tibétaine, qui représente l'empereur Qianlong en Saint bouddhique... :shock: :lol:

Enfin, c'est pourquoi je ne présenterai pas trop d'oeuvres chinoises, du moins dans un premier temps. Je compte d'abord prendre l'une après l'autre les plus belles oeuvres du XVIIIème siècle visibles en France : donc ce sera des pièces japonaises, vietnamiennes, cambodgiennes et tibétaines, avant les pièces chinoises. :oops:
Mais si vous avez une curiosité sur quelque chose de précis, n'hésitez pas à me demander : si je connais le sujet, je serai très heureux de traiter ce qui vous intéresse.

Et puis ne vous inquiétez pas pour les transcriptions :P : je me trompe souvent moi-même dans le pinyin, qui est le système utilisé aujourd'hui. :oops: Le vieux système, celui de l'Ecole Française d'Extrême-Orient, était plus simple et meilleur... :oops:


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MessagePosté: 28 Oct 2007, 22:24 
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Messages: 4238
Localisation: Dans son monde...
Merci Sam pour cet intéressant sujet. :P
Je ne suis encore jamais allé au musée Cernuschi. :oops:

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"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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MessagePosté: 28 Oct 2007, 23:09 
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Bah, moi j'aime bien Qianlong en Saint bouddhique... Il n'a pas l'air très malin comme ça, évidemment. :mrgreen:
J'ai deux questions à son sujet : pourquoi son auréole est-celle verte? :shock: Et qu'est-ce qu'il tient dans la main?

Louis-Auguste, vous devriez aller à Cernuschi. C'est un musée magnifique, en plus d'être gratuit. :mrgreen:
Et je confirme que le Bouddha de Meguro est très impressionnant. Assez abîmé aussi, tout de même, on voit bien les traces des endroits où il a été découpé... :shock: :( Il est bien exposé, quoiqu'un peu trop en hauteur, je trouve ; quant à l'absence d'informations à son sujet, c'est une honte. Je ne la digère pas, car elle m'a valu de me ridiculiser il n'y a de cela que quelques mois :mrgreen: :oops: : comme je montrais fièrement à un ami de Hong Kong, fraîchement arrivé en France, les beautés des arts asiatiques à Paris, je lui ai soutenu pendant dix minutes que ce bouddha géant était forcément chinois, vu que toute la collection exposée avec lui l'était, et que les oeuvres bouddhiques japonaises de Paris sont toutes au Panthéon Bouddhique du Musée Guimet...
Mon ami exprimant des doutes certains sur ce point, je me suis donné beaucoup de mal pour le convaincre que j'avais raison, :mrgreen: puis nous avons cherché en vain un panneau qui pourrait nous départager. Faute de renseignements écrits, nous avons fini par interroger un gardien : eh bien, heureusement que le ridicule ne tue pas, et que la légendaire gentillesse hong kongaise m'a épargné les moqueries que je méritais pourtant. :oops:

Mais j'aurais eu l'air moins bête, aussi, si les choses avaient été clairement spécifiées! :lol: D'accord, je n'aurais jamais dû essayer de donner des explications sur l'art bouddhique, que je connais très mal, à un bouddhiste qui en sait cent fois plus que moi, :oops: mais le musée est tout de même en faute. :mrgreen:

Bref, je vais étaler un peu plus mon ignorance :oops: : Sam, vous dites que Amidah a les yeux baissés par allusion à son titre de Seigneur qui regarde vers le bas. Mais ce n'est pas le titre de Avalokitesvara, ça? :shock: :?:


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MessagePosté: 29 Oct 2007, 10:28 
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Localisation: Touraine
Claudine Cavalier a écrit:
...Et qu'est-ce qu'il tient dans la main?...


Ne tient-t-il pas la roue de la Loi ?
Mais si tel est le cas, j'avoue ne pas comprendre pourquoi on ne représente pas ici ses mains dans la position du dharmacakra, :roll: qui permet de montrer l'enseignement de la Loi tout en mettant en branle la roue de la Loi.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce geste

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MessagePosté: 29 Oct 2007, 10:58 
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Régicide
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Localisation: Paris
Je crois que vous avez raison, Maria-Antonia, Qianlong tient une petite Roue de la Loi. :D

Sa main est dans la position du mudrâ de l'enseignement de la Loi, non, le Vitarka-Mudrâ? Je ne sais pas pourquoi ce geste a été choisi par l'artiste. :oops: Je me demande si le mudrâ de la mise en branle de la Roue de la Loi n'est pas réservé aux Bouddhas dans l'iconographie, et Qianlong ne pouvait pas prétendre à ce statut... :shock: Je crois que les empereurs chinois ont parfois été assimilés dans l'iconographie bouddhiste à des bodhisattvas, mais jamais à des Bouddhas.
Mais je sens que je suis encore en train d'écrire des sottises, donc je vais laisser Sam vous répondre... :oops:


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MessagePosté: 29 Oct 2007, 11:08 
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Alors très vite, parce que je manque de temps maintenant :oops: : l’image est une pièce de propagande, entièrement politique, et chaque signe a un sens. C’est ma faute si vous ne comprenez pas, parce que je suis allé trop vite dans ma description et j’ai employé à tort le mot de "saint", qui ne convient pas ici, pardon. :oops:

Qianlong incarne dans cette pièce le Bodhisattva Manjushri : tous les signes qui l’accompagnent sont liés à cette incarnation qui avait une signification politique très précise, en rapport avec sa campagne d’occupation du Tibet. Le mudrâ de l’enseignement est approprié à ce boddhisatva, comme la couleur verte de l'auréole.

Si cela intéresse quelqu'un, je peux donner une explication détaillée des symboles de l’image, un peu plus tard par contre, désolé.


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