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 Sujet du message: Les rites de la cour de Chine au XVIIIème siècle
MessagePosté: 20 Oct 2007, 21:59 
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A la cour de l’Empereur Qing, dans la Cité Pourpre Interdite, ce n’était pas l’Étiquette qui réglait les jours comme à la cour du roi Bourbon à Versailles : c’était les Rites (Li).

Je vais ici présenter quelques-uns, choisis, des rites de la cour impériale au XVIIIème siècle tels qu‘ils étaient pratiqués, à l‘intérieure de la Cité où à l‘extérieur lors des sorties et déplacements de l‘Empereur.

Mais pour faire comprendre comment le système fonctionnait, je donne d’abord quelques petites explications. :oops: Il vaut mieux, parce que ce n‘était pas comme en Europe et c‘est un peu délicat de bien saisir la différence.

L’idée de rite est très ancienne dans la pensée chinoise, et le rituel impérial est inséparable du pouvoir politique : cette idée remonte au moins à l’époque des Zhou, qui est l’époque où le pouvoir impérial s’est représenté comme le pouvoir du Ciel, Tian, sur la Terre, et où l’empereur est devenu fils du ciel (Tiansi).

L'idée essentielle, c'est que l'empereur tenait son pouvoir de ce qu’on appelle, assez mal en français, :oops: le "mandat du Ciel". Ce n’est pas un "mandat" au sens où le Ciel, qui serait une Personne comme le Dieu chrétien, aurait donné des ordres. Le Ciel chinois ne pense pas, et n’a pas de désirs ni ne donne d’ordres : c’est la règle du monde, en tant qu’un mode de fonctionnement régulier, un ensemble organisé de processus dont le bon déroulement assure la stabilité de l’Univers. L’empereur est son "fils", dont le pouvoir procède de lui, parce qu’il en est le garant au niveau de l’homme. Il faut savoir que traditionnellement en Chine, il y a trois niveaux dans l’Univers : le niveau du Ciel, le niveau de l’Homme et le niveau de la Terre.

Le pouvoir politique de l’empereur passe donc par la juste pratique des rites selon la tradition confucéenne, qui était la base idéologique du système impérial sous les Qing, et en Chine en général depuis le Moyen Age.
Cette idéologie a une histoire, très vaste et compliquée, que je ne peux pas détailler ici, :oops: sauf à faire des longs messages d’histoire de la pensée chinoise et donc à dépasser gravement le cadre du forum.
Pour aller vite, car il faut la présenter un peu quand même, on peut classer les textes qui la codifient en trois ensembles, qui correspondent aux trois grandes étapes chronologiques de sa formation :

- A l’origine, il y a un corpus de textes assez complexe : ce sont plutôt des textes descriptifs, avec une base d’époque Zhou et un appareil de commentaires et de développement d’époque confucéenne. Il y a trois grands textes dedans : le Zhouli, le Yili et le Liji, le Traité des rites des Zhou, le Traité des rites cérémoniels, et le Livre des rites. Le premier codifie la structure politique de l’empire, les fonctionnaires, les ministres, leurs rôles, leur position, etc. Le second traite des rites pour les cérémonies de la vie, naissance, mariage, funérailles, etc. Le troisième (le seul attribué officiellement à Confucius, qui fait donc partie des Cinq Classiques) couvre beaucoup de domaines, mais spécialement les rites agraires, le calendrier, et la musique. Celle-ci est très importante : tous les gestes rituels de l’empereur et de la cour étaient accompagnés de musique. Cela a stupéfié les observateurs étrangers et leur a paru stupide ou grotesque. :shock: :oops: Mais il y avait une base de pensée très sérieuse, philosophique, à l’usage de la musique dans le rituel impérial : elle provient de la théorie confucéenne de l’harmonie. Les étrangers n’avaient pas les connaissances nécessaires pour le comprendre.

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Confucius


- Ensuite, il y a une première construction théorique qui date de l’époque du second confucianisme, dont le philosophe principal est Mencius.
C’est alors qu’on a établi le lien entre ordre physique, ordre moral et ordre politique du monde. Ces trois ordres sont supposés tous procéder, sans discontinuité, de l’ordre premier qui est le Ciel. Le rituel est alors l’ensemble des gestes accordés à cet ordre, qui permet à l’empereur d’accomplir pleinement la Voie de l’Homme, et d’assurer à chaque fois, à chaque geste exact, l’ordre du monde physique, moral et politique : à ce titre, il est non seulement le "fils du Ciel" mais le "Saint", c'est-à-dire celui qui réalise complètement et parfaitement l’ordre en soi-même, et le produit aussi à l’extérieur de lui.
L’image pour saisir cela, c’est celle de l’harmonie musicale : le rituel impérial est comme la mélodie de base dans une pièce musicale, le Ciel étant la règle de l’harmonie. Si la mélodie n’est pas conforme à la règle de l’harmonie, si cette règle n’est pas exactement suivie, on ne peut rien accorder et la musique est laide et absurde. Si l’empereur n’accomplit pas les rites, le monde est désaccordé et ne peut pas suivre son cours normal.

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Mencius


-Enfin, il y a la théorie de Xunzi et de ses disciples, qui établit si l’on peut dire la forme orthodoxe de la théorie du rituel impérial. A la différence de Mencius, Xunzi postule que l’homme n’est pas mu naturellement, organiquement par le Ciel, selon une harmonie interne dont les rites sont la base. Pour lui, les trois Voies sont séparées, et celle de l’Homme passe seule par les rites : ceux-ci sont une façon de gérer son humanité, et de la relier de nouveau au Ciel. Les rites sont toujours une réalisation de l’ordre du Ciel dans la Voie de l’homme, mais cette réalisation n’est plus naturelle : elle est artificielle, instrumentale. L’empereur est alors le maître de cette machine des rites : c’est une évolution importante, parce qu’elle suppose qu’il doit les accomplir, mais qu’il peut aussi les modifier si nécessaire. Surtout, elle implique qu‘il peut sortir des rites et gouverner par de vrais actes politiques. Le souverain des premiers confucéens était un souverain magique, qui ne pouvait que régner, jamais gouverner. Celui de Xunzi, même s’il est toujours très limité par les rites, peut gouverner.

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Xunzi


Selon les époques dans l’histoire de Chine, les empereurs ont conçu les rites plutôt selon Confucius et Mencius, et alors ils se limitaient à les suivre minutieusement et ne gouvernaient pas, ou plutôt selon Xunzi, et alors ils gouvernaient.
Il y avait encore d’autres théories des rites et du pouvoir impérial, surtout celle de Mozi et celle des taoïstes, qui étaient opposées aux précédentes. En général les empereurs ne les ont pas suivies (surtout pas la taoïste, bien sûr, qui aurait abouti à la dissolution du pouvoir impérial parce qu‘elle en contestait l‘essence même :lol: ).

Pour revenir à l’époque des Qing, ceux-ci se situaient clairement dans l’interprétation de Xunzi : c’était des empereurs qui gouvernaient eux-mêmes, et qui ont beaucoup travaillé les rites pour les modifier.

Ils y étaient obligés de toute façon, car ils n’étaient pas du tout chinois, ni d’origine ethnique ni de culture. Et il leur a fallu faire, pour pouvoir tenir l’empire sans renier leur origine, un gros travail d’adaptation des rites.

Essentiellement, ils ont gardé la base d’époque Zhou et confucéenne pour l’ordonnancement de la Cour, les rites familiaux, la musique. Ils ont un peu retouché le calendrier, et ils ont modifié plus ou moins profondément tout le reste. Pour les rites cosmiques, les grands sacrifices au Ciel, à la Terre, à la pluie, etc., ils ont fait un mélange de fond chinois avec des pratiques mandchoues, surtout des pratiques chamaniques, et ils les ont aussi variés selon les époques et les lieux où ils les pratiquaient. Ils ont introduit des rites manchous purs, comme les rites de chasse ou certains rites alimentaires.

Ils ont fait cela très finement dans l’ensemble, alors que c’était vraiment difficile car le système de pensée mandchou est très différent du système chinois.

Pour prendre un exemple : le lait est rituellement impur pour la pensée chinoise, on ne peut jamais l’employer ni dans l’alimentation, ni dans les sacrifices. Pour les mandchous au contraire, il est essentiellement nourricier, et central dans l’alimentation, ainsi que dans le culte des morts et de la terre -qui en dérive. Il a fallu transiger entre les deux pensées… Les souverains mandchous ont dû trouver des moyens d’introduire le lait dans les rites impériaux, sans offenser le peuple chinois qu’ils gouvernaient. C’était dur, mais ils ont bien réussi.

Autre exemple : il y avait le problème de leur religion particulière qui était le bouddhisme ésotérique de tradition tibéto-mongole. Ils y étaient très attachés, mais le système chinois était basé sur le confucianisme. Là encore ils ont transigé et fait des mélanges compliqués. Ils ont toutefois conservé la base confucéenne des rites publics, autrement le risque était trop grand auprès du peuple. Ils pratiquaient leur propre religion en privé seulement. Mais ils ont introduit beaucoup de pratiques bouddhistes dans les rites du Palais, les rites non publics.

Pour finir sur cette introduction trop longue :oops: , en général les descriptions étrangères des rites impériaux, au XVIIIème siècle, sont assez bien faites dans les précisions de détail. Pourtant, elles sont fausses dans leur fond, parce qu’elles n’intègrent pas l’aspect historique du pouvoir impérial, ni la question du syncrétisme sino-mandchou. Les Jésuites, et aussi les philosophes après eux, ont parfois compris que l’empereur de Chine n’était pas chinois (pas toujours! :shock: :shock: ), mais ils n’ont pas vu ce que cela supposait. Ils n’ont pas su qu’il était de religion bouddhiste, par exemple, donc ils n’ont pas pu comprendre la signification de beaucoup de choses qu’ils ont observées. Ils ne comprenaient pas non plus ce qu’était le Ciel, donc ils interprétaient à faux l’origine des rites. Enfin, ils ne connaissaient pas les théories politiques sur ce point, sauf un peu celle de Mencius (périmée à leur époque où c’était celle de Xunzi qui prévalait) : ils n’ont pas connu non plus les théorie rivales, qui mettaient en danger le pouvoir impérial.

Sinon, ils n’auraient pas donné de la Chine l’image unifiée qu’ils ont imaginée, et surtout pas sur la question des rites. :wink: :lol:

Dans les posts suivants, je présenterai un choix de rites de la cour mandchoue parmi les plus importants. Je pense commencer par les rites liés à l'alimentation, les rites de la table impériale, mais je peux prendre un autre choix s'il y a des questions qui intéressent spécialement les lecteurs. :wink:


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MessagePosté: 21 Oct 2007, 17:30 
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Merci Sam pour cette introduction à un sujet qui m'intéresse fort. :P

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"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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MessagePosté: 18 Nov 2007, 13:39 
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Je commence à décrire des rites, en débutant par le plus important de tous.

En illustration aujourd'hui, je mets des images directement, qui ne sont pas trop lourdes, j'espère. :oops:
Mais j'éditerai le message dès que possible (dès que j'aurai choisi un nouvel espace d'hébergement) pour les remplacer par des images meilleures, placées hors du forum. :oops: :oops:



Le sacrifice au Ciel


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C’était le plus important des grands sacrifices rituels que devait accomplir l’empereur de Chine. Il était fait une première fois au début du règne, dont il symbolisait l’ouverture, puis il était reconduit chaque année, car il fallait selon la symbolique confucéenne, que l’empereur rétablisse symboliquement l’ordre cosmique à intervalles réguliers.


Il avait lieu pour le solstice d’hiver et se déroulait selon le rite suivant au XVIIIème siècle.

- la veille, l’Empereur sortait de la Cité Interdite pour se rendre au Temple du Ciel. Il le faisait par une route spéciale tracée pour lui, qui était fermée par des panneaux et reliait les deux structures : cette voie était interdite au public qui ne devait même pas s‘en approcher, car on ne devait pas voir l‘Empereur.
- Du Temple du Ciel, il traversait la Voie aux marches de cinabre (le Danbiqiao) qui est une voie de pierre monumentale de 360 mètres de long , pour accéder à la Salle de l’Ascèse (Zhai gong).
- Il passait, seul, la nuit dans cette Salle, en jeûnant. Pendant ce temps, dans le temple même, les prêtres apportaient les instruments du sacrifice : les Vases sacrés, et les Tables des ancêtres, ainsi que les objets qui seraient offerts dans le sacrifice (des jades et des pièces de soie). On dressait aussi, dans l’enclos de l’autel du Ciel, la tente jaune où l'empereur allait attendre l’heure du sacrifice.
- Deux heures avant l’aube, à un temps calculé très précisément, les prêtres sonnaient un gong pour avertir l’empereur qu’il devait venir.
- L’empereur regagnait le Temple et revêtait les robes du sacrifice : couleur de pêche (symbole de longévité), elles portaient brodés les douze symboles impériaux.
- Il se rendait ensuite dans l’enclos de l’autel et prenait place dans la tente jaune pendant qu’on apportait les tables des Ancêtres.
- Accompagné des Tables, qui représentaient les morts de sa famille et leur permettaient ainsi de participer aussi au rite, il montait les trois degrés de l’enclos, qui symbolisaient les trois niveaux de l’Univers : la Terre, l’Homme et le Ciel.

Image


- Il se plaçait en face de la Table du Ciel, et surveillait les sacrifiants qui plaçaient les offrandes sur un bûcher spécial.
- Il se prosternait neuf fois, trois fois de suite (donc vingt-sept fois en tout :shock: ).
- Il redescendait jusqu’à la tente jaune, où il attendait que les prêtres remportent les Tables des Ancêtres dans le Temple du Ciel.
- Il faisait à l’envers le premier trajet pour rentrer dans la Cité interdite.

Je précise les douze symboles de le robe impériale :wink:


le soleil
la lune
les trois étoiles
la montagne
le dragon
le phénix
l'élodée (une plante aquatique symbole de pureté)
le millet
les vases sacrificiels
le feu
la hache
le caractère fu, qui signifie "justice".

J'écrirai un message spécial sur la robe-dragon, qui représentait tout l'Univers, et sur ces symboles, dont chacun avait une signfication précise, et qui étaient disposés sur les robes dans des ordres particuliers selon les usages. Ils étaient toujours tissés dans les cinq couleurs, qui représentaient les cinq éléments (il y a cinq éléments pour les Chinois : la terre, l'eau, le bois, le métal et le feu).

Voilà déjà le Dragon.

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Pareillement, je donnerai des précisions sur la structure du Temple du Ciel et sa symbolique dans un autre message, parce que c'est très compliqué et que ce serait trop long.

Le voici vu d'en haut.

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Et l'autel du Ciel

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MessagePosté: 18 Nov 2007, 19:08 
Très intéressant ! Merci, Sam. (Je n'avais pas vu ce sujet).
En ce qui concerne les cinq éléments, le bois et le métal m'interpellent.
Ont-ils tous les cinq un rapport direct avec les trois niveaux ? :oops: question stupide, sans doute.


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MessagePosté: 18 Nov 2007, 20:41 
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Sur la cosmologie chinoise, il n'y a pas de question stupide, Aude. :wink: :oops:

Je sais bien que c'est un fonctionnement si différent de celui de la pensée grecque ou biblique, qui fondent les cosmologies de l'Occident, que c'est difficile à imaginer quand on n'a pas l'habitude. :oops:

Pour les cinq éléments, en fait, le terme d'usage en français est trompeur. :oops: Le chinois les dit xing, qui veut dire "phase", moment dans un processus de transformation.
Ils correspondent à des états différents (et jamais stables) du processus de transformation perpétuelle des deux énergies primordiales l'une dans l'autre. Le Yang devient Yin, et le Yin devient Yang, c'est comme cela que tourne l'Univers pour les Chinois. Le processus de cette transformation perpétuelle (qui se produit à chaque instant) est divisé conventionnellement en cinq "phases", jamais stables, qui sont en allant de Yang vers Yin, successivement le Bois, le Feu, la Terre, le Métal et l'Eau. A chaque phase correspond une saison (dans l'ordre : printemps, été, transition, automne, hiver) une direction (est, sud, centre, ouest, nord), et une couleur (vert, rouge, jaune, blanc, noir).

Les phases sont nommées par des termes symboles, d'après des éléments caractéristiques, sachant que le Yang est l'énergie fermée, dure, émettrice, et le Yin l'énergie ouverte, souple, réceptrice : le Bois est dur et compact, comme le Yang, le Feu est ardent et actif, mais plus souple déjà, la Terre est féconde, à la fois ouverte et génératrice (c'est pourquoi elle correspond à l'équilibre entre Yang et Yin, qui est le stade de l'engendrement), le métal est ductile, l'eau est fluide.

Les trois niveaux, le Ciel, l'Homme et la Terre, c'est autre chose, mais tous les "éléments" sont dans chacun : ce sont les trois "Voies", les trois façons dont peut se déployer l'ordre du monde dans la réalité concrète. A chaque voie, la transformation du Yang en Yin et réciproquement s'accomplit, dans le même processus selon les cinq phases, mais de façon différente.
La "Terre" n'a donc pas le même sens dans les deux emplois de ce mot : dans le premier elle est une phase de la transformation des énergies, dans le second un niveau de l'Univers. :oops:

Les trois niveaux ont des sens un peu différents selon les religions. Ici, c'est un rituel confucéen : la Terre symbolise l'ordre biologique, organique, du monde. Le Ciel, l'ordre du monde que nous dirions aujourd'hui mathématique ou physique (les règles de la géométrie euclidienne, et de la physique des forces et des particules, si vous voulez). Enfin, l'Homme, c'est le niveau intermédiaire, le lieu où les deux autres ordres se combinent pour créer l'ordre moral et social.

Donc l'empereur, montant de la Terre au Ciel en passant par l'Homme, traversait rituellement les trois niveaux. Il apportait en sacrifice au niveau honoré dans ce rituel, le Ciel, des produits des deux autres niveaux : des jades et des soies, produits par la Terre (pour les confucéens, les animaux comme les vers qui produisent la soie relèvent de la Terre, pour des taoïstes ils relèvent du Ciel, mais c'est une symbolique différente :oops: ), et travaillés par l'art de l'Homme. En même temps, il allait du Yin, la Terre, au Yang, le Ciel, et retour, accomplissant ainsi symboliquement le processus de transformation complète.

Voilà, je ne sais pas si cela répond à votre question. :oops:

J'ajoute une chose : le rituel, qui était magique, en tant que tel était très contraignant. Chaque geste devait être accompli exactement, de la bonne façon et au bon moment. Mais dans l'empereur, ce n'était pas la personne qui était sacrée, c'était la fonction qui était sacralisante, et qui lui conférait le pouvoir d'accomplir le sacrifice : donc s'il était fatigué, malade ou trop âgé, et qu'il risquait de mal accomplir le rituel (par exemple de s'endormir, ou de trébucher sur les marches, etc.) il pouvait déléguer sa fonction et se faire remplacer. Les empereurs Quing, qui ont vécu longtemps, ou qui ont été malades souvent, se sont beaucoup fait remplacer par leurs fils dans les grands rituels. :wink:


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MessagePosté: 18 Nov 2007, 21:06 
Merci infiniment, cher Sam ! pour ce patient développement qui me permet de mieux comprendre :wink:
Ces rituels et cette symbolique sont si subtils, si élaborés, et si intéressants... pertinents, même !
Je perçois mieux "l'attribution" dévolue à l'empereur...


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MessagePosté: 18 Nov 2007, 21:12 
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Merci, Sam Wong, de prendre le temps de nous expliquer et présenter ainsi ces cinq éléments. :D

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MessagePosté: 18 Nov 2007, 21:29 
Sam, puis-je me permettre de vous poser une ultime petite question ? :oops: relative à votre tout premier post :oops: puisque je n'avais pu le lire au moment opportun :oops:
Pourquoi le lait était-il rituellement impur dans la pensée chinoise ? :oops:
Peut-être un lien avec le végétalisme taoïste ???


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MessagePosté: 18 Nov 2007, 22:32 
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Je crois que je suis obligé de vous dire, pour être sincère, Aude, que je ne connais pas la réponse à cette question. :oops: C'est un problème pour toutes les pensées traditionnelles qui ont des lois d'impureté, de déterminer la cause de ces lois, parce qu'elles sont si anciennes qu'on a perdu leur source. :oops:

Dans le cas du lait en Chine, il existe plusieurs hypothèses, je vous en donne quelques-unes.

-cause historique : le lait est traditionnellement une boisson-aliment central chez les Mongols, Mandchous, Turcs, etc., et la civilisation chinoise s'est définie en partie par opposition à celles de ces peuples. On trouve des poèmes très anciens en chinois, qui notent le dégoût du lait parce que c'est "la boisson du barbare", c'est-à-dire du voisin-ennemi Mongol, comme "la viande crue" est son aliment, et répugne aux Chinois pour cela.

-cause éthique : le lait est "réservé" pour nourrir les petits des animaux, et ne doit pas être volé par l'homme. Le respect dû aux animaux est important dans la pensée chinoise, surtout aux animaux élevés par l'homme, qui travaillent avec lui (le boeuf est souvent interdit ou très peu consommé en Chine pour cette raison) et le nourrissent.

-cause religieuse : ce serait une influence de la pensée bouddhique, qui exècre la femme comme impure. Cette pensée est issue du brahmanisme et/ou du shivaïsme, deux religions où la femme est violemment impure. Le lait, en tant que liquide qui sort du corps des femmes, serait impur comme elles.

Aucune de ces causes n'est certaine, et c'est peut-être un mélange des trois qui est la vraie source de l'impureté du lait... :?: :oops:

Cela n'a rien à voir, à coup sûr, avec le taoïsme :oops: : celui-ci est à part, quoique profondément chinois, et n'admet pas l'idée d'une impureté rituelle de quoi (ou qui) que ce soit. Le végétalisme est dans le taoïsme une pratique soit d'hygiène (on croit que les aliments végétaux sont meilleurs pour le corps) soit d'éthique. Il lié alors à l'interdiction de tuer, la première règle taoïste, et au respect des animaux, qui sont considérés comme aussi respectables que l'homme dont ils sont les frères et les ancêtres : donc on ne leur prend rien, ni leur vie, ni leur chair, ni leur lait, ni leurs oeufs qui sont vus comme leurs bébés.

Désolé de ne pas pouvoir vous répondre plus précisément... :oops:


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MessagePosté: 18 Nov 2007, 22:51 
Merci, Sam, vous m'avez fort bien répondu !
Citation:
Le lait, en tant que liquide qui sort du corps des femmes, serait impur comme elles.

Oserais-je avouer que j'avais songé à cette éventualité :oops: sans, évidemment, supputer qu'elle eût pu provenir du bouddhisme. Simple réflexion :oops:
Citation:
celui-ci est à part, quoique profondément chinois, et n'admet pas l'idée d'une impureté rituelle de quoi (ou qui) que ce soit. Le végétalisme est dans le taoïsme une pratique soit d'hygiène (on croit que les aliments végétaux sont meilleurs pour le corps) soit d'éthique. Il lié alors à l'interdiction de tuer, la première règle taoïste, et au respect des animaux, qui sont considérés comme aussi respectables que l'homme dont ils sont les frères et les ancêtres : donc on ne leur prend rien, ni leur vie, ni leur chair, ni leur lait, ni leurs oeufs qui sont vus comme leurs bébés.

Que de respect, de douceur dans ces concepts...


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