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MessagePosté: 13 Sep 2008, 20:53 
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C'est trop compliqué pour moi, ces histoires de hiérarchie. :oops: Si je comprends bien, quand l'empereur mangeait chez sa mère, c'est lui qui mangeait à genoux et se prosternait à chaque bouchée? C'était bien pratique... :shock:

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MessagePosté: 13 Sep 2008, 21:15 
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Merci Sam, pour vos éclaircissements. :D

Sam Wong a écrit:
La seule exception, c'était la mère de l'empereur, unique personne qui lui était supérieure : c'était lui qui devait se prosterner devant elle. Et les empereurs aimaient assez aussi, de temps en temps, manger avec leur mère : c'est-à-dire, concrètement, ils allaient manger chez elle.


La mère de l'empereur pouvait-elle se rendre chez celui-ci pour déjeuner ou était-ce "déchoir" pour elle ? Etait-ce toujours l'empereur qui devait se déplacer, par déférence, vers sa mère ou cette dernière - si l'envie l'en prenait - pouvait-elle décider, de son propre chef, de se rendre chez son fils pour déjeuner ?

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"Les habitants de Tahiti envoyèrent à M. Cook un cochon et une jeune fille en signe de bienvenue. Moyen de combler deux sortes d'appétit."

Georg-Christoph Lichtenberg (1742-1799)


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MessagePosté: 14 Sep 2008, 07:55 
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C'était toujours l'empereur qui se rendait chez sa mère : l'inverse n'était pas possible, à cause de la préséance.
Une fois dans l'année il y avait une exception : le jour de l'anniversaire de l'empereur, l'impératrice douairière venait le saluer chez lui.

L'empereur se prosternait en entrant, mais ensuite mangeait à table avec sa mère, et assis, à la mandchoue, donc les jambes pliées sur un coussin -jaune, évidemment.
En signe de respect, il servait à table : c'est-à-dire, que l'eunuque lui présentait les plats (avec les neuf prosternations), et lui les prenait, et en s'inclinant, les présentait à l'impératrice. Une fois qu'elle avait choisi, il lui donnait ce qu'elle voulait, dans une assiette (comme on fait en Occident quand on sert quelqu'un à table) sauf pour des plats chinois dont il lui donnait des morceaux avec ses baguettes (comme on fait en Chine). Mais c'était rare que les douairières du XVIIIème siècle choisissent des plats chinois, parce qu'elles étaient conservatrice en matière de cuisine et de culture, et méprisaient ce qui était chinois.

Cela n'était pas pratique, mais aucun geste de l'empereur n'était pratique, car tous avaient un sens symbolique exact. On n'était pas empereur pour vivre à l'aise, mais pour assurer l'harmonie du monde en respectant les rites...

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Kong Tseu, La Grande Etude


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MessagePosté: 14 Sep 2008, 08:23 
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Merci Sam pour votre réponse.

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MessagePosté: 14 Sep 2008, 09:52 
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Désolé de glisser vers le hors-sujet... :oops:
Arte, rediffuse ce soir Le dernier Empereur, de Bertolucci.
Le film sera suivi d'un reportage (2006) sur les travaux de rénovation de la Cité Interdite.

:idea: Si Louis-Auguste l'autorise, et sans doute dans un autre fil, peut-être Sam pouvez-vous nous dire ce que vous pensez de ce film ?

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MessagePosté: 14 Sep 2008, 10:18 
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Aïe aïe aïe, La nuit, la neige... Pour du hors-sujet, c'est du hors-sujet! C'est que c'est 1911, la chute de l'empire mandchou en Chine, pas très XVIIIème siècle... :lol:

Du coup, Sam, prudent, attend l'autorisation impériale, euh, royale, pour répondre, mais je peux déjà vous dire que son avis exprimé oralement m'a bien fait rire. :lol:

Et donc pour revenir au XVIIIème, Sam, est-ce que vous pourriez nous expliquer, rapidement, comment se déroulait une "journée-type" de la vie d'un empereur à cette époque? Il prenait trois repas par jour, mais entre les repas, que faisait-il? Il suivait les rites, d'accord, :lol: mais encore? :?:

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MessagePosté: 14 Sep 2008, 10:29 
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La nuit, la neige a écrit:
:idea: Si Louis-Auguste l'autorise, et sans doute dans un autre fil, peut-être Sam pouvez-vous nous dire ce que vous pensez de ce film ?


Louis-Auguste est de l'avis de Claudine, même s'il a beaucoup aimé le film, dévoré les mémoires du précepteur du "dernier empereur", Reginald F. Johnston et s'il connaît relativement mieux la Chine des concessions que celle du XVIIIème. :oops:
Mais parler de l'empereur Xuantong, alias Pu Yi, c'est un peu loin de notre sujet, non ?

Tout au plus, j'autorise Sam à nous dire si ce que l'on voit du cérémonial dans le film est conforme à ce qui avait lieu au XIXème et si, grosso modo, cela n'avait guère changé depuis le XVIIIème. :idea:

Mais si vous voulez son avis sur le film, dans sa globalité, il devra vous le donner par mp. :wink:

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MessagePosté: 14 Sep 2008, 12:39 
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Alors, je suis désolé : je ne me souviens pas assez du film pour répondre avec certitude. Je ne crois pas qu'on voie beaucoup d'éléments des rites impériaux... Peut-être un peu, au début, je vais essayer de regarder tout à l'heure en DVD les premières scènes, pour examiner s'il y a quelque chose à en dire sur ce point. :oops:

Je complèterai en même temps, ce soir, pour répondre à la question de Claudine. :oops:

Sinon, Louis-Auguste, au XIXème siècle et au début du XXème, le rituel impérial mandchou n'avait pas changé par rapport à celui du XVIIIème siècle, sauf sur quelques points très mineurs.
C'est dans ce siècle-là, qu'il avait véritablement été forgé, par les trois "grands" empereurs Qing, en accomplissant tout le nécessaire travail de "métissage" culturel entre rituel chinois et rituel mandchou. Leurs successeurs, qui ne se mesurent pas à eux en qualité, n'ont rien fait de plus dans ce domaine.

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MessagePosté: 14 Sep 2008, 18:09 
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J'ai revu (très vite :oops: ) les scènes de la Cité Interdite au début du Dernier Empereur. Il n'y a rien de bien précis lié aux rites en soi : on voit un peu de cérémonial, les neufs prosternations rituelles, trois fois trois, faites par la garde impériale, mais c'est tout. Ce n'est pas le propos du film de développer cette question des rites, et l'aspect religieux du pouvoir impérial n'y est pas vraiment abordé.

Pour une "journée-type" de l'empereur au XVIIIème siècle, voilà (en très vague :oops: ) : cela nous fait un peu sortir des rites, puisque bien entendu, tous les moments dans la vie impériale n'étaient pas d'ordre rituel. Mais ce n'est pas grave.

L'empereur se levait à trois ou quatre heures, puis se lavait et se faisait raser le crane et le visage par un eunuque. Il consacrait ensuite une heure à ses dévotions dans sa chapelle privée.
Il passait encore deux heures à lire, en général des textes politiques ou philosophiques, soit les Cinq Classiques, soit des Chroniques ou des Instructions des règnes précédents.
Ensuite il allait saluer sa mère, puis soit il commençait l'audience, soit il travaillait un peu à la lecture sur les mémoires de ses ministres. Il déjeunait en même temps, puis c'était l'audience aux dignitaires.
Certains jours l'empereur convoquait ses ministres en Conseil, qui avait lieu normalement en fin de matinée. Il passait aussi sa garde en revue.

Ensuite, il travaillait aux affaires, seul en général ayant entendu les avis dont il avait besoin durant l'audience et/ou le Conseil. Il mangeait pour la deuxième fois pendant ce travail. Cela durait tant qu'il ne jugeait pas avoir terminé : donc plus ou moins selon les jours, et selon les empereurs :lol: ; mais de façon générale, les trois souverains du XVIIIème siècle consacraient tous beaucoup de temps au affaires de l'Etat. Ils lisaient pratiquement tous les rapports, tous les mémoires : on le sait, parce qu'on a conservé leurs annotations, apposées à l'encre rouge. Et, ils annotaient tout, souvent très longuement :shock: :lol: . Leur travail consistait aussi à rédiger des Instructions, qui seraient communiquées aux ministres et gouverneurs le lendemain.

Enfin, dans la deuxième partie de la journée, ou seulement le soir, donc après le dernier repas, l'empereur allait voir ses enfants : il jouait et se promenait avec eux, et faisait repasser les leçons apprises dans la journée.
Il s'occupait ensuite à des activités de loisir, pour son plaisir et selon son intérêt. Les trois empereurs pratiquaient le même type de loisir, assez intellectuel et sérieux. La lecture de philosophie chinoise, la rédaction de commentaires, la poésie, la calligraphie, la peinture (surtout Yongzheng), la constitution et le répertoriage de collections artistiques et savantes. Kangxi faisait des mathématiques et de la musique, chinoises et européennes, Yongzheng de la "chimie" (ou de l'alchimie :lol: ), Qianlong de la gravure de sceaux, et aussi de la philologie chinoise et mandchoue. Il assistait souvent à des concerts ou des pièces de théâtre (ses prédécesseurs également mais beaucoup moins).
Les trois empereurs rédigeaient un journal personnel, qui est très intéressant à lire (le meilleur au plan littéraire est celui de Qianlong).

L'empereur se couchait vers huit heures du soir, après être allé de nouveau saluer sa mère. Yongzheng se couchait plus tard, plutôt vers dix heures, après s'être livré à des rites religieux car c'était un bouddhiste fervent, qui passait des heures dans son oratoire.

Je termine, en précisant que sur tout cela, je ne connais pas de bon livre en français (je m'excuse, je suppose qu'il en existe :oops: ) ; mais en anglais, celui qui est parfait, c'est celui-ci. Evelyn Raleswski, The Last Emperors : a Social History of Qing Imperial Institutions (1998). Il couvre toute la dynastie, du XVIIème au XIXème siècle.

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MessagePosté: 16 Sep 2008, 06:36 
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Merci, Sam.

Pour de la bibliographie en français, ce n'est pas facile... Tout de même, il y a le sompteux catalogue de l'exposition de 1997 au Petit Palais.

La Cité Interdite, vie publique et privée des empereurs de Chine, 1644-1911, sous la direction de Gilles Beguin (1997).

Très bien fait, et me semble-t-il, très complet. L'exposition elle-même était magnifique, j'en conserve un excellent souvenir. :oops:

Sur la question proprement dite des rites (qui est très difficile pour nous, à mon avis), on peut lire le livre du spécialiste français incontesté des rites chinois, Léon Vandermeersch : Chine, rites et cérémonies (1994). C'est un travail incontournable dès qu'on s'intéresse à la Chine : évidemment, le rituel mandchou du XVIIIème siècle n'en est pas le sujet principal, mais il est néanmoins traité.

Voilà, si j'ai d'autres idées de lecture à recommander, je les ajouterai plus tard. :oops:

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