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MessagePosté: 23 Fév 2008, 13:40 
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J'ouvre encore un nouveau sujet aujourd'hui :oops: , pour varier un peu, et aussi pour faire pendant à celui sur l'art bouddhique, qui est beaucoup concentré sur des oeuvres japonaises (parce que les collections françaises de bouddhisme au XVIIIème siècle privilégient le Japon fortement :oops: ).

Donc il sera question ici de la littérature japonaise au XVIIIème siècle.

A la différence du sujet sur la littérature chinoise, je préfère présenter ici des auteurs, plutôt que des oeuvres. Ce sera plus commode et plus efficace, pour permettre de découvrir cette littérature et d'y goûter pour ceux qui auront envie, parce qu'en France, beaucoup plus d'ouvrages japonais du XVIIIème siècle sont traduits que d'ouvrages chinois (presque pas pour ces derniers en réalité, ce qui explique que le sujet dans ce forum soit encore si peu développé :oops: ).
Donc c'est plus simple, en permettant d'élargir l'éventail des choix possibles.

Je ne prends pas vraiment d'ordre spécial, toujours de même : je choisirai les auteurs selon l'envie, mais j'essaierai de parcourir un peu rapidement les différents genres de la littérature du Japon d'ère Edo (l'ère qui comprend tout le XVIIIème siècle) qu'il est facile d'aborder en traduction française.

Comme la littérature japonaise ancienne est très à la mode en France, plus que la chinoise, je suppose que plusieurs lecteurs ici ont déjà lu des textes du XVIIIème siècle, et j'espère qu'ils auront peut-être envie de présenter leurs auteurs, ou ces textes eux-mêmes ici pour en discuter, ou de donner leur avis sur ce que j'écrirai. :D


Pour commencer aujourd'hui, je choisis un auteur qui est, je crois, un des plus fameux en France : le moine Ryôkan, qui est un des cinq haijin "classiques", et dont plusieurs recueils ont été publiés en traduction.

Image


Bien que très célèbre, légendaire même, Ryôkan est un personnage extrêmement délicat à présenter sans le déformer, ou sans porter un jugement de valeur sur lui, valeur qui est toujours difficile à situer. :oops:

Comme c'est un sujet difficile qui a besoin d'un peu de développement, je ferai deux volets, la biographie d'une part, puis le personnage et l'oeuvre, et ce qu'on peut en dire selon moi.

La biographie de Ryôkan tient en assez peu de lignes. Donc je la résume vite, avec quelques illustrations, avant d'essayer de tracer un portrait qui sera un peu éclaté, mais qui est le mieux que je puisse faire pour en donner une idée. :oops:

Je précise qu'il est à moitié par sa durée de vie, dans le XIXème siècle, mais par sa culture il est totalement du XVIIIème (car le modernisme japonais ne l'a jamais même effleuré) et peut donc être classé dans ce siècle sans aucune hésitation.

Le mieux peut-être est de citer, pour commencer, ce qu'en dit une chronique de l'histoire du Zen du XVIIIème siècle :

Citation:
Ryôkan d'Echigo était le fils d'une famille illustre de sa région. Appliqué à l'étude dès l'enfance, il fut un maître de calligraphie. Il décida de suivre par le corps et par l'âme les maîtres anciens, et de vivre comme eux. Il quitta donc sa riche demeure et laissa de côté son héritage. On perd sa trace ensuite.


Si on développe un peu pour mieux comprendre, voici les grandes lignes.

Ryôkan est né en 1758 dans la famille d'un chef de village : son père était un samourai, qui administrait pour le compte du bafuku, le gouvernement militaire de l'époque, le village d'Izumosaki, dans la province actuelle de Niigata.

Le nom de naissance de Ryôkan était Yamamoto Eizo. Il reçut une excellente éducation, par son père qui était un homme de grande culture, un poète reconnu, et par des maîtres localement fameux. Il aurait normalement dû devenir aussi chef de village, mais il s'en révéla incapable, très tôt dans sa vie. Il ne parvenait à administrer correctement aucune des affaires qui lui étaient confiées :shock: :oops: : il refusait de mettre quiconque en prison, de prononcer des sanctions, et plaçait souvent ses villageois en difficulté sans le vouloir, à cause de sa grande candeur.

Une tragédie très ordinaire survint un jour dans le village, et il s'en attribua la responsabilité : un voleur fut battu à mort par les villageois avant qu'il ait eu le temps d'intervenir. Cela le mit dans un grand état de détresse, et il pensa se suicider. Il décida à la place, après réflexion, de se vouer à la vie monastique : il entra donc au monastère zen de Koshô, qui appartenait à la secte Sôtô : c'est une des écoles les plus dures et radicales du Zen. Il reçut ensuite l'enseignement du maître le plus fameux de la secte, Kokûsen, qui venu en voyage visiter le monastère Koshô, le remarqua, et perçut en lui un moine exceptionnel.

Ryôkan, "vaste bonté", est son nom de moine et c'est sous celui-ci qu'il est connu. Dans sa vie de temple, il fut un brillant intellectuel, versé en chinois et en sanscrit, et un moine admiré pour sa perfection morale extraordinaire. Il décida toutefois, de quitter les temples et de se consacrer exclusivement à une vie d'errance, en dehors de tout ordre, selon les préceptes du Bouddha. Kokûsen admit sa vocation et le laissa partir, et lui donna alors son nom de Voie, c'est-à-dire le nom qu'il porterait dans sa carrière de moine errant (ce qu'on appelle en japonais unsui, "eau-nuage") : Tai Gu, "Grand Imbécile", en référence à la perfection de son "imbécilité". Il ne faut pas se tromper sur le mot :oops: : il désigne pour le Zen une qualité morale éminente qui est la capacité à rejeter l'intelligence telle qu'elle est construite dans le monde social, à se défaire des normes admises. C'est sans doute, en effet, la qualité que Ryôkan illustre le mieux. :shock:

Ensuite, Ryôkan Tai Gu partit mener sa carrière d'errance, à quarante ans, après vingt-trois ans de vie monastique, et comme on le lit dans la biographie que j'ai citée, "on perd sa trace". En fait, on la perd, mais on la retrouve aussi, :lol: à travers un certain nombre de témoignages de gens qui l'ont rencontré, et de textes qu'il a laissés.

Image



On sait qu'il a erré dans un peu tout le Japon : mais peu de temps après son départ du temple, son père se suicida, et la nouvelle lui en parvint (quelques années plus tard). Il revint alors chez lui, visiter sa mère, et rechercher des traces de son père, dont il semble qu'il n'accepta jamais vraiment le suicide :( . Il choisit ensuite comme "base" de vie une très petite cabane abandonnée dans une montagne de la région, baptisée Gogo An "le lieu des cinq mesures de riz". Il y vécut seul, rayonnant dans toute la région pour mendier.

Image


Sa vie était celle d'un moine errant tel que le conçoit le Zen, donc consacrée à trois tâches : mendier, soigner et secourir les pauvres, et pratiquer l'étude, les récitations et la méditation qui constituent l'ordinaire du moine. Dans le domaine de l'étude, du travail intellectuel, il pratiquait surtout l'écriture de poèmes, dans toutes les formes régulières et irrégulières, et la rédaction, en chinois, de commentaires aux classiques taoïstes. :bravo3:

Image


Je cite ici pour donner un commencement d'idée, quelques-uns de ses poèmes les plus célèbres.

Je précise que je les traduis moi-même, :oops: parce que soit ils ne sont pas traduits, soit en français je trouve la version donnée assez mauvaise, trop lissée. Je suis médiocre poète, et mon français n'est pas excellent, mais je préfère. Et puis comme cela, pas de problèmes de droits. :lol:

Image


Citation:
Premiers jours du printemps. Ciel
Grand bleu, soleil énorme et chaud.
Tout devient vert.
Bol à la main, je marche dans les villages
Mendier mon repas du jour.
A la porte du temple les enfants me voient
Riants, ils m'entourent,
Me tirent par le bras, "Arrête-toi".
Je pose mon bol sur un rocher blanc
Suspends mon sac à une branche.
Nattes d'herbes, jeux de corde
Puis tour à tour nous chantons, lançons la balle vers le ciel.
Je lance la balle, ils chantent, ils lancent, je chante.
J'oublie le temps, volent les heures.
Les passants nous regardent, me montrent du doigt
"Pourquoi faites-vous l'imbécile?"
Je les salue de la tête, pas de réponse.
Je pourrais parler, à quoi bon?
Ce qui est dans mon coeur, voulez-vous le savoir?
Cela seulement, juste cela.

Moi, stupide obstiné, je vis seul
les arbres et les herbes seuls pour amis.
Trop paresseux pour apprendre le bien et le mal,
Je ris de moi-même, ignore les autres.
Je soulève mes jambes osseuses, traverse le ruisseau
Un sac à la main, dans la bénédiction du vent printannier.
Dans cette vie, je ne désire rien
En paix avec le monde.

Plus de vent, les fleurs tombent encore
Les oiseaux chantent, voix imprégnées de silence
Mystère, sans connaissance ni enseignement
La vertu de Kannon.

Ce monde :
L'écho dans la montagne qui s'éteint,
Vide, irréel.

Dans la neige légère
Trois mille royaumes
Dans chacun d'eux
Tombe la neige légère.

La neige
Engloutit ma hutte
L'obscurité
Engloutit mon coeur, consumé.

Pleine lune
Je me mesure au bananier
Du jardin.

Nuit d'été
Je compte mes puces
Veillant jusqu'à l'aube.

Dans le pré de printemps
Je sors pour mendier le riz :
Je me mets à cueillir des violettes...
Déjà finie, la journée!

Autour de ma hutte j'ai planté
Herbes et fleurs
Maintenant, que vive
la volonté du vent.


Ryôkan n'a rien publié de son vivant, ayant toujours refusé d'enseigner quoi que ce soit, et de prendre aucun disciple. :shock: :?
Il n'acceptait pas de compagnie, donc peu de personnes l'ont vraiment connu. Mais il donnait ses textes à qui les lui demandait, :shock: :D et leur beauté calligraphique et poétique l'a vite fait rechercher de beaucoup de gens. De nombreuses anecdotes ont été rapportées sur sa vie à cette époque, et toutes illustrent sa grande "imbécilité", et aussi sa profonde bonté. J'y reviendrai dans la seconde partie. :oops:
Beaucoup sont sans doute fausses, mais on accepte sans problème celles sur lesquelles il a lui-même écrit dans ses poèmes, donc on peut avoir une idée assez précise de sa façon d'être. :D

Et puis, dans ses dernières années, il lui est arrivé une chose extraordinaire, pour lui et pour le Zen, parce que c'est grâce à cela qu'on a conservé presque toute son oeuvre.

Il est tombé amoureux. :shock: :bravo:

Il avait presque soixante-dix ans alors, quand une moniale de ving-huit ans, Teishin, "coeur fidèle" est venue le voir, attirée par sa réputation de sainteté. C'est elle qui a fait le premier pas, mais apparemment ça a été un coup de foudre réciproque. :oops: :D

Les deux amoureux ont vécu ensemble, côte à côté, les quatre dernières années de la vie de Ryôkan : c'était très irrégulier bien sûr, et un peu ridicule, :lol: mais Ryôkan n'avait rien à faire des règles ni des jugements, donc il se moquait de ce qu'on pouvait penser. :bravo: Ils ont écrit en commun, ou en échange l'un de l'autre, de nombreux poèmes, qui sont considérés parmi les plus beaux de cette époque.
En fait, leurs histoires se ressemblaient un peu, car Teishin avait choisi la voie monastique suite à un échec dans le monde : elle avait été chassée par son mari :shock: :( . Et puis eux aussi, ils se ressemblaient ; tous les deux avaient beaucoup souffert, tous les deux étaient des intellectuels brillants et des poètes profonds, tous les deux avaient renoncé à toute réussite humaine. Ils allaient donc très bien ensemble, malgré la différence d'âge, qui ne compte pas vraiment, dans une relation comme la leur. :oops:

Ryôkan est mort à soixante-quatorze ans, après plusieurs mois de maladie douloureuse. Il a continué à écrire de la poésie presque jusqu'au bout, et ses dernières calligraphies, très déformées, sont terriblement émouvantes. Je reviendrai sur les derniers poèmes échangés avec Teishin, et notés par celle-ci. Le dernier qu'il ait écrit lui-même est le "poème d'adieu" (yuge) qu'il est de tradition au Japon (et en Chine) de composer quand on le peut dans les derniers moments de la vie.

Citation:
En souvenir je laisse
Les fleurs du printemps
Le coucou de l'été
Les feuilles rouges d'automne.


Après la mort de Ryôkan, Teishin a continué à vivre dans son ermitage, et elle a recopié et publié tout ce qu'elle a pu recueilir de son oeuvre, les commentaires taoïstes en chinois (elle avait du mérite, au vu des manuscrits qui sont très difficiles à déchiffrer :lol: ) et les poèmes en japonais. C'est à elle, essentiellement, qu'on doit d'avoir conservé une partie importante de la production de ce moine Zen qu'on ne peut pas appeler maître, parce qu'il a toujours refusé ce titre :oops: , mais dont il faut savoir, qu'on estime souvent qu'il est le plus grand maître Zen de son temps.


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MessagePosté: 23 Fév 2008, 17:11 
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Régicide
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Ah, vous avez choisi de commencer par les poètes, finalement. :wink: :lol:

Et par Ryôkan... Un personnage bien intéressant, mais avec lequel j'ai toujours eu du mal, personnellement :oops: : que ce soit le religieux ou le poète, et même le calligraphe, je n'arrive pas à adhérer complètement au discours de ses hagiographes. :oops:
Je ne sais pas quoi en penser. :oops:

Je me demande, en fait, s'il était aussi grand poète qu'on le dit souvent, et ce qu'on peut tirer de sa pensée religieuse... :shock: :oops: Donc je lirai avec intérêt votre second volet sur sa personnalité, avant peut-être de vous asticoter avec mes doutes et mes questions. :lol:


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MessagePosté: 23 Fév 2008, 21:35 
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Merci Sam. :P
Tout comme Claudine, je lirai avec intérêt la suite de votre sujet. :wink:

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"La vie est comme une bicyclette. Tant que vous continuez de pédaler, vous avancez."
Otto de Habsbourg-Lorraine (20 novembre 1912 - 4 juillet 2011)


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MessagePosté: 23 Fév 2008, 22:29 
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Je pense que je pourrai poster la seconde partie demain, donc tout sera assez regroupé. :oops:

En attendant, Claudine, je ne comprendrai jamais vraiment pourquoi vous n'aimez pas Ryôkan. C'est un personnage qui paraît idéal pour vous, cependant : très austère, très exigeant moralement mais très humain aussi, avec un coeur tendre et beaucoup de force. Peut-être vous avez l'impression qu'il était affecté, ou mauvais artiste?
Ou alors vous jugez durement sa dernière folie, les amours avec Teishin... :?: :oops: A soixante-dix ans, après une vie d'austérité, c'est un peu bizarre peut-être. Mais moi, je trouve qu'il a eu du courage, et je l'admire plutôt pour cela. :oops:

Sur la question de sa valeur artistique, on ne peut pas la nier, même s'il n'est pas, sans doute, le plus grand de son temps dans son genre. :oops:
Sa poésie est véritablement belle, mais malheureusement cette beauté est très difficile à traduire en français : parce que les sons du japonais sont si différents de ceux de cette langue. :oops:
C'est une beauté qui réside beaucoup dans les échos de sonorités, dans les enchaînements de syllabes, toujours très fluides et expressifs. Pour comparer avec les deux géants de la poésie japonaise au XVIIIème siècle, les plus grands haijin de la même époque, c'est plus faible, au niveau de l'invention des images, que Buson, et moins intense, moins poignant que Issa, donc cela passe moins facilement dans des langues étrangères sans doute. :oops: Mais c'est très élégant stylistiquement, et aussi très finement mélancolique, d'une tristesse délicate, et d'une émotion très pure et vraie. Parfois c'est drôle aussi, jamais acerbe ni grinçant en revanche, ni cruel et percutant comme chez les deux autres grands haijin. C'est plus doux, mais Ryôkan était la douceur personnifiée, justement... Je reprendrai demain avec des exemples précis.
De toute façon, son génie le plus reconnu est celui de calligraphe, et là, c'est un des maîtres les plus puissants. On ne peut pas avoir de doutes. Mais il faut des images pour expliquer, et j'en mettrai demain. :oops:

Pour la religion, on ne peut pas en dire beaucoup, je pense. C'est très difficile. Ryôkan était un mystique, et du genre silencieux :lol: : alors il y a des débats entre spécialistes, pour savoir s'il peut se rattacher à une religion particulière, ou si c'est un indépendant absolu, avec sa propre religion. :shock: :D
Je penche pour la seconde réponse, du moins, après son départ comme moine errant : avant il était clairement un bouddhiste de la Voie Zen, mais ses textes purement religieux, écrits tant qu'il était moine de communauté, ne sont pas très bons ni originaux. :oops:
Ensuite, il a toujours réclamé le patronnage de Han Shan, le grand poète chinois, "Monsieur Montagne Froide" comme on dit (il est très célèbre dans le monde asiatique, autant qu'un Victor Hugo en France, mais je ne sais pas si son nom dit grand chose ici... :oops: :?: ). Et bon, Han Shan, comment le situer? Impossible! :lol: C'était un taoïste si on veut, mais pas seulement et en tout cas, totalement indépendant. Il avait son système à lui. Ryôkan est pareil : on sait qu'il n'avait dans sa cabane Gogo An qu'un seul livre, celui de Zhuang Zi... pas de soutras, ni rien de bouddhiste, et son attitude et sa pensée sont à coup sûr, plus taoïstes que bouddhistes. :shock: Mais il n'a jamais renié le Zen non plus et il a toujours porté sa robe de moine et pratiqué la règle de sa secte. Alors... :shock: :?: :oops:

De toute façon, il ne parlait ni n'écrivait presque jamais de religion, parce qu'il disait que c'était indécent et qu'on ne devait pas ennuyer les gens avec ça. :lol: Ses commentaires sur Zhuang Zi sont des commentaires de style, et sa poésie est profane aux trois quarts et même plus. :lol:

Enfin, je reprendrai tous ces sujets demain si je peux, en les illustrant. :oops:


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 Sujet du message: c'est beau !
MessagePosté: 23 Fév 2008, 23:41 
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:( snif ! c'est beau ! le poème d'adieu de Ryokan me fait presque pleurer ! :)

_________________
http://www.flickr.com/photos/veitke/
Mieux vaut être qu'avoir, et être qu'avoir été.


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MessagePosté: 24 Fév 2008, 19:24 
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Je vais compléter encore un peu l'image de Ryôkan donnée dans sa biographie, avec un choix de poèmes et quelques peintures, classés en trois des thèmes qu'il a principalement illustrés au cours de sa vie.

L'autobiographie et l'introspection douloureuse

Ryôkan est sans doute le poète du XVIIIème siècle au Japon, qui s'est le plus penché sur lui-même et ses états d'âme et émotions diverses. :shock: C'est un aspect qu'on peut appeler "religieux" dans son oeuvre, puisque l'introspection est une des pratiques majeures du bouddhisme Zen :oops: : chez lui, c'est très clair qu'elle vient de là, et il s'en est d'ailleurs assez dépris (mais jamais complètement) au fil de son évolution spirituelle qui l'a éloigné, en partie, de sa religion d'origine. L'autobiographie en revanche, est moins courante dans cette voie spirituelle, mais bon, c'est un fait : Ryôkan adorait parler de lui et de son histoire. :lol: :oops:

Il est un peu "rousseauiste", on peut dire, car il adorait aussi se plaindre. Il irrite beaucoup de gens à cause de cela, et je soupçonne que Claudine qui ne m'a pas répondu :lol: , fait partie de ces gens... :oops: : mais quoi, il a beaucoup souffert dans sa vie, et il a cherché la Voie suite à son incapacité à vivre dans le monde à la place où il se trouvait par sa naissance : ce qui est une grave faute selon le bouddhisme. :oops:
Le suicide de son père a été pour lui une cause de souffrance très cruelle, et il est probable, même s'il ne l'a jamais clairement dit, qu'il s'en est attribué en partie la responsabilité : parce qu' il avait abandonné sa famille pour se consacrer à sa vocation religieuse.

Image


Citation:
Pensées du temps où j'étais au temple Entsû
Souvenir de la douleur
J'ai tant pleuré de devoir suivre
Un chemin solitaire.


Suivant le Bouddha de la Grande Connaissance
Le corps nommé Inan
S'est jeté dans la rivière Katsura.

Toi, l'oie sauvage de la nuit,
L'oie du mont Sumeru
Donne-moi des nouvelles
De mon père, perdu dans l'éternité.

De nouveau la fin du printemps
Et je ne puis rentrer chez moi!
Le chant du coucou m'appelle, "Reviens, reviens!"
Mais les chemins du monde sont si amers...
Quand pourrai-je revenir?

Grand vent dans le ciel
Solitude, souffrance
Journée de fin d'automne.
Moi le voyageur
Je bute sur le chemin : trop d'obstacles.
Je passe une nuit
Sans dormir, souvent réveillé.
Auprès de moi, ce ne sont pas les gouttes de pluie
Mais le son du ruisseau.

Elle s'est couchée
Pour toujours couchée
L'herbe du jardin.

Dans mon village natal
De retour : plus rien
Des ruines seulement...
Dans les jardins et les haies
Amas de feuilles d'automne.

Combien de jours, de mois, d'années
Depuis que ma mère
S'est effacée de ce monde
Et mon père aussi?
Pourquoi tant et tant
De douleur sans fond?

Malheureux, moi, avec ma robe et mon bol
Mon corps épuisé, dur à soulever.
Assis je brûle l'encens
Nuit noire
Je regarde la pluie par la fenêtre en silence,
Je me souviens : dix années d'errance aujourd'hui.

Je ne dis rien
Pour qu'on puisse lire en moi
Le chagrin.

Mon ami,
Regarde l'ombre
Au fond de mes yeux.

Soixante-dix ans passés
Ma fatigue est infinie :
Tant de coeurs humains sans fond
Qui jugent par eux mêmes
Le bien, le mal!
Fumée d'encens.


Les joies de la simplicité, du renoncement... et de l'amour :D .

Ryôkan a tout de même trouvé une forme d'apaisement, peut-être de sérénité (c'est difficile à dire :oops: ) dans un total renoncement à toute norme et règle sociale. Il a "cherché la Voie" et pratiqué le Zen en partant de la souffrance, de l'échec et du deuil, ce qui n'est pas un début idéal, ni facile :oops: : mais il l'a fait avec un grand souci de rigueur et d'élévation morale, et aussi de simplicité, de dépouillement de toute forme de représentation, d'"utilité".

Ce trait, qui est vraiment radical chez lui, c'est sa fameuse "imbécilité" :wink: : il était le "bon à rien", "absorbé jusqu'à la stupidité" comme il le dit lui-même, se surnommant volontiers dans ses poèmes l'"idiot", ou "la lanterne allumée en plein jour". C'est-à-dire l'objet inutile par excellence, qui brûle pour rien, pour brûler. Cela a fait voir en lui, souvent, la plus pure incarnation de l'esprit du Zen, alors même qu'il est en fait, très irrégulier dans son approche de cette religion. C'est aussi un trait très taoïste chez lui.

Citation:
Fin de la pluie, les nuages s'éloignent
Frais, l'air
Purifié, le coeur
Autour de moi, tout se purifie.
J'abandonne le monde et moi-même
Je deviens un être sans dessein, inutile.
Tout le temps de ma vie
Je le passe à contempler la lune et les fleurs.

Poupée Daruma,
On te jette à terre
Et tu vas, viens,
Laissant les gens rire.
Simple objet, tu es sans dessein.
Poupée Daruma,
Dans la vie être comme toi
Voici la paix, la joie constante.



Il a beaucoup chanté cela, à travers plusieurs thèmes : celui de la mendicité par exemple, autour de son "petit bol" de mendiant, qui l'accompagnait partout, mais qu'il avait tendance à oublier au bord de la route.

Image


Citation:
Mon joli petit bol
Je l'ai depuis des années
Mais je l'ai posé en chemin, quelque part, perdu!
Comment le retrouver?
Mon coeur est angoissé.
Je vais je viens
Sous le ciel étoilé
Le cherchant.
Le voici : on me le rapporte!
Quelle joie!

Au bord du chemin, cueillant des violettes
J'ai déposé mon petit bol, mon petit bol, et oublié!
Mais si je l'oublie, personne ne le prendra,
Ah, mon pauvre petit bol!


Il a su tout à fait, dans cette disposition d'abandon, jouir de la beauté du monde, communier avec l'univers, souvent dans ses aspects les plus modestes :D . Les poèmes qu'il a consacrés à ce thème de la beauté sont très célèbres, mais presque impossibles à traduire tellement ils sont simples. :oops:

Image


Citation:
Ce soir, début d'été
De ma hutte de montagne
J'entends le chant des grenouilles
Monter de la rizière : douceur.

Flocons de neige ammoncelés
Les pétales des fleurs de cerisier
Volent et jonchent le sol.

Entre les collines, les cerisiers
En fleur? Peut-être dans le ciel
Les nuages blancs.



Un des thèmes majeurs qui lui ont servi à illustrer cette joie de l'abandon, de l'imbécilité, c'est celui du jeu de balle. :shock:

C'est presque devenu "le" thème de Ryôkan par excellence, et j'ai déjà cité un poème dans mon premier message qui l'illustre :oops: . Il était devenu fameux, semble-t-il, auprès des enfants des villages qu'il traversait, parce qu'il adorait jouer à la balle avec eux (et aussi à beaucoup d'autres jeux où il perdait toujours, sans jamais se mettre en colère :lol: ).

Image
Image Image


Citation:
Près du temple
Dans la forêt printanière
Jouant avec les enfants :
Que la durée de ce jour
N'atteigne jamais la nuit.


En tout cas sa légende s'en est emparé, et on a beaucoup peint, célébré, Ryôkan jouant à la balle avec les enfants. C'est en partie un contresens toutefois, de prendre cette image au pied de la lettre :oops: : ce n'est pas douteux qui Ryokan aimait jouer, jusqu'à ses derniers jours il a joué à la balle et c'est une bizarrerie attestée chez lui. Mais c'est aussi un thème religieux, bouddhiste de tendance encore une fois, très taoïsante : l'enfance comme moyen d'accès à la Voie, le jeu comme marque d'oubli des règles humaines.

C'est sur ce thème de la balle, d'ailleurs, que s'est noué son lien avec Teishin, puisqu'avant de le rencontrer, connaissant sa réputation, celle-ci lui avait envoyé en cadeau, une balle de papier, où était écrit un poème

Citation:
Jouant sur la Voie du Bouddha
A frapper la balle sans repos
Votre récolte j'en suis sûre
Sera sans limite.


Et la réponse de Ryôkan est à double sens... :lol:

Citation:
Essayez voir
Tapez sur la balle
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10
Et à 10,
Recommencez.


Elle a si bien essayé qu'elle a marqué du premier coup, si je puis dire. :lol: Elle est venue le voir, et ils sont tombés fous l'un de l'autre...

Et bien sûr, l'amour de Teishin a été une grande joie dans le vie de Ryôkan. Il l'a conduit à écrire de nombreux poèmes qui sont très "romantiques".

Citation:
Paix dans le jardin
Le printemps est en fleurs
Le parfum se répand dans la pièce.
Toi et moi face à face : pas un mot,
L'ombre s'épaissit, bientôt minuit.


Mais je n'insisterai pas sur ce point, parce qu'il existe une assez bonne traduction (trop formelle, et assez rigide, :oops: mais très complète) des poèmes de Ryôkan et Teishin aux éditions Gallimard sous le titre La rosée d'un lotus (traduction par A.-L. Colas, Collection Connaissance de L'Est).

Les thèmes Zen

Ryôkan était assez hostile à parler ou écrire de religion, mais il a tout de même composé des poèmes qui traitent de thèmes Zen, :lol: et certains sont très célèbres. Ce sont des pièces difficiles et obscures en général, en voici deux assez faciles.

Citation:
Au ciel les nuages blancs
Dans la terre les eaux courantes
Chacun va tel quel.


"Aller tel quel", c'est être totalement accordé au Ciel, à l'ordre du monde, et c'est la caractéristique du Bouddha (on l'appelle pour cela en sanscrit, dans les soutras, Tatagatha, qui est traduit en général par "Bien Allé", ou "Ainsi Venu" : mais je ne sais pas si l'idée est claire comme cela :oops: ). C'est aussi pour le Zen, celle de tout être, en tant qu'il est un bouddha (mais l'ignore, le but étant de parvenir à le savoir :oops: :lol: ). Enfin c'est la caractéristique des Immortels taoïstes : les nuages, les eaux sont des Bouddhas parfaits, ou des Immortels totalement accomplis dans le Tao, c'est ce que dit le petit poème de Ryôkan.

Et la plus fameuse de toutes, le "poème du syllabaire" :

Citation:
Couleurs éclatantes ce jour
Bientôt fanées, disparues...
Au monde, quoi de permanent?
Aujourd'hui, traversons la montagne profonde
Les illusions ; sans retour
Laissons là les plaisirs et les songes étroits.



En fait, c'est un poème fabriqué en employant une seule fois chacune des 47 syllabes qui composent le syllabaire Hiragana, les premières dans l'ordre des dictionnaires.

Ce message est encore beaucoup trop long. :shock: :oops:

Je crois que je ferais mieux de garder dans un troisième volet, pour la semaine prochaine, quelques mots sur Ryôkan calligraphe, et les témoignages sur lui, celui de Teishin, et d'autres, avec en plus ce que représente aujourd'hui son souvenir au Japon. :oops:

Donc à la semaine prochaine. :oops:


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MessagePosté: 24 Fév 2008, 21:44 
J'avouerais être touchée au plus haut point par la sensibilité exacerbée de Ryokan et par la douceur de son être...par son abnégation...et sa vison de l'existence, enfin de la sienne :wink:
Sa poésie m'émeut... :love:

Merci infiniment, cher Sam.
Je lirai la suite de vos commentaires avec le plus vif intérêt.


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MessagePosté: 25 Fév 2008, 11:26 
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Non non non, Sam : ce ne sont pas les amours tardives avec Teishin qui me dérangent, au contraire. Ce n'est pas parce que je suis une robespierriste endurcie, :lol: qu'il faut essayer de me faire passer pour une puritaine sans coeur, hmm? :oops: :mrgreen:

Ce n'est pas non plus la propension du saint homme à se lamenter sur sa propre misère. C'est une chose que je peux comprendre, et il a su le faire avec assez de grâce (et d'humour) pour que je ne lui en veuille pas :lol: .

Non, je crois que plus qu'après le pauvre Ryôkan lui-même, j'en ai après une vision très hagiographique, et un peu niaise, que donnent de lui les principaux ouvrages en français que j'ai pu lire :oops: . Sous l'angle où vous le présentez vous-même, celui d'un homme qui a conduit une quête spirituelle originale et complexe, à partir d'une expérience existentielle douloureuse, il me va très bien. Ce que je supporte mal, c'est le "saint imbécile" que dépeignent les innombrables anecdotes rapportées à son propos.

Je comprends tout à fait, et respecte, la fameuse stupidité du Zen, le "non-agir", l'"imbécilité" taoïstes, comme recherches d'une forme de connaissance inaccessible par d'autres voies et conduites de contestation radicale de l'ordre humain : c'est un trait qui se rapproche des pratiques d'un courant philosophique antique que j'aime bien, les Cyniques, et chez les uns comme chez les autres, il ne me pose pas de problème.

Ce qui m'ennuie, avec Ryôkan, c'est qu'il est souvent difficile, du moins dans les histoires que je connais à son propos, de distinguer chez lui ce qui relève de cette démarche philosophique extrême, et de la simple niaiserie, de la bonté bêtifiante... :oops: :shock: Du coup je ne sais plus trop quoi penser. :oops:

Moi, le coup de la cabane brûlée pour laisser grandir une pousse de bambou, par exemple, je trouve ça insupportable de niaiserie : ce n'est pas de la sainteté, ça : c'est de la bêtise pure... Non? :shock: :roll: Elle est attestée cette histoire, ou c'est une légende tardive?
Je suppose que vous y reviendrez dans votre troisième partie sur les témoignages autour de Ryôkan, et sur la fabrication de sa légende. J'ai un peu l'impression qu'il a subi la même chose que chez nous une Thérèse de Lisieux, par exemple, qu'on a transformée à l'usage du public en une "vierge aux roses" insupportable de bêtise et de pathétique larmoyant, alors qu'elle est un penseur chrétien d'une radicalité admirable - et une grande névrosée, assez terrifiante quand on y pense, je dis cela avec toute la sincère admiration que j'ai pour elle :oops: .

Mais vu que je suis incapable de faire la part entre la réalité et la légende hagiographique concernant Ryôkan, je reste toujours un peu dubitative... :oops:

Une question tout de même : il est reconnu, et vénéré, comme un Bodhisattva par certaines écoles Zen, non? :?: J'imagine que la constitution du corpus d'anecdotes à son propos a dû être liée à cette reconnaissance... :?:


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MessagePosté: 27 Fév 2008, 12:22 
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C'est une question à laquelle il est assez dur de répondre que vous posez, Claudine. :oops:

Pour les anecdotes qui vous paraissent exagérées, ou ridicules, il faut savoir qu'elles sont toutes postérieures à Ryôkan lui-même et, c'est pour cela que je n'en ai pas parlé dans la biographie, ni le petit portrait que j'ai essayé de donner de lui. :oops:
Certaines sont peut-être vraies, mais comment savoir? :oops: :?:

Je citerai ce week-end un choix de témoignages intéressants et sans doute assez fiables sur Ryôkan, mais on ne peut être sûr de rien, parce qu'on le connaît très mal en réalité, à partir du moment où il a quitté les temples. Disons, pour rester sur le sujet que vous proposez, que son '"imbécilité" existe et peut être interprétée à deux niveaux au moins.

D'abord, comme une réalité assez bien attestée, au moins dans ses propres écrits, et dans le témoignage de son maître spirituel Kokûsen (antérieur à son départ pour l'errance). C'est un trait psychologique, qui est une profonde incapacité à vivre selon les règles du monde social. Le Zen en fait, sous certaines conditions (que ne remplissait pas forcément Ryôkan en réalité, d'où la déformation de son image ensuite, mais bon...) une condition favorable à la Sainteté.
Pour Ryôkan lui-même, c'était plutôt une tare au départ, et même toute sa vie, après l'avoir un peu "transmuée" si l'on peut dire, en vertu bouddhique, il en a souffert. Il ne saisissait rien au monde, il comprenait tout de travers, c'était terrible : il l'a beaucoup écrit, et cela on ne peut pas en douter.
C'est sans doute pour ça qu'il a opté pour la solitude totale, refusé des disciples, et, à vrai dire, pas toujours été très gentil ou accueillant envers ceux qui essayaient de l'approcher :oops: . Il était très doux, c'est attesté. Il était aussi, très bon et généreux, c'est parfaitement connu et sûr également, mais en même temps un peu "fou", presque autiste : en fait, il ne communiquait pas avec les gens, ne parlait pas, restait toujours à l'écart quand on le rencontrait, pleurait au lieu de discuter, voire s'enfuyait en courant :lol: :oops: ; l'exception c'est Teishin à la fin de sa vie, et encore... Elle a pu l'approcher et le connaître un peu, elle a été amoureuse et aimée de lui, mais il a communiqué avec elle par des moyens assez spéciaux, et pas forcément faciles pour elle. :oops: Il était assez dur par certains côtés... Son "imbécilité" était une grande bizarrerie, qui lui pourrissait sans doute la vie, à lui et à ceux qui ont essayé de le connaître et de l'aimer. :oops:

Ensuite, après sa mort, elle est devenue un motif hagiographique, qui le constitue en image, en "modèle" pour le Zen. Il faut savoir, que les traditions de transmission des anecdotes sur les maîtres du Zen, à l'intérieur des écoles (Ryôkan est rattaché à l'école Sôtô) sont complexes et obéissent à des fins pas forcément très historiques, pas purement documentaires en tout cas :oops: . Ryôkan a eu de son vivant, c'est sûr, une réputation de sainteté extrême, qui reposait sur cette "imbécilité" en partie : ensuite assez logiquement, on l'a donc "représenté", "fabriqué" en Saint pour le Zen, voire en avatar de Kannon, (c'est-à-dire, en apparition circonstancielle d'un bodhisattva) selon cette réputation. :oops:

De là on a tiré les anecdotes, mais elles sont de la légende bien entendu. Certaines ont sans doute un fond réel, elles sont signalées dans des poèmes de lui par exemple, donc on peut les utiliser. Les autres, on en fait ce qu'on veut. :lol: Mais je pense qu'en fait, comme vous le dites, la mièvrerie, la niaiserie sont des ajouts postérieurs. Ce n'était pas le genre de Ryôkan en réalité. Même son fameux jeu de balle, très attesté par lui-même, c'était tout, sauf de la niaiserie.

Je ne sais pas si cela répond à votre question : c'est difficile, ce thème, pour Ryôkan et pour d'autres personnages du bouddhisme ou de taoïsme. Voyez dans le domaine chinois, dans le Chan donc, Bada Shanren, dont il a déjà été question : qu'en penser? :?: Personne ne sait vraiment, et là aussi, les légendes ont proliféré au point de cacher le vrai personnage... :oops:


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MessagePosté: 27 Fév 2008, 20:10 
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Régicide
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Merci de ces précisions, Sam : ça répond à ma question, et ça correspond bien à ce que j'imaginais.

Donc en fait Ryôkan, je crois que je l'aime bien! :oops: :lol:


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