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MessagePosté: 29 Sep 2007, 19:52 
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Régicide
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L’Unique Trait de pinceau, les Propos sur la peinture du moine Citrouille-Amère


Quelques mots seulement, pour présenter, et surtout inciter à lire ce texte, qui est un des plus importants de la pensée chinoise au XVIIIème siècle.

De quoi s’agit-il? :?: C’est la dernière œuvre technique laissée, sous un pseudonyme paradoxal mais nullement "comique" comme on a osé l’écrire, par l’un des plus grands génies de la peinture chinoise, et de la peinture tout court, n’ayons pas peur des mots :lol: : Shitao, Vague de Pierre (autre surnom paradoxal), aussi appelé l’Ermite de la Grande Pureté, qui fut au XVIIIème siècle l’un des premiers maîtres de la Voie excentrique.

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Shitao était un moine bouddhiste de la tradition Chan, la tradition mystique chinoise qui combine bouddhisme ésotérique et taoïsme. Il a été, à peu près toute sa vie, persécuté par le pouvoir impérial, il a beaucoup vécu caché, beaucoup souffert aussi : mais il a tiré de cette vie de souffrance et d’oppression, outre sa peinture et sa poésie qui suffiraient à le rendre immortel, une des plus riches pensées mystiques qui soient. Si on voulait le rapprocher d’un Européen de son temps, il a quelque chose d’un Pascal, dans la souffrance et dans l’extase, dans l’austérité aussi, même si son approche du monde était totalement étrangère à celle du philosophe janséniste. :wink:

Malgré sa relative obscurité de son vivant, l’influence de Shitao a été immense en Chine : il est "la" référence des Excentriques, puis de tous leurs successeurs, jusqu’au peintre contemporain Zao Wou Ki.

J’ai à cœur de le présenter, même si je le fais mal, :oops: parce qu’il constitue l’antithèse absolue à l’idée que les Jésuites, et après eux les philosophes, se sont faite de la Chine. :shock: Si les Pères l’avaient connu, ils en auraient avalé leur crucifix d’horreur, et ils auraient immédiatement renoncé à convertir le pays. :bravo3:


Sérieusement, les propos de Citrouille-amère sont un grand texte, un traité philosophique très puissant sur la peinture conçue comme acte à la fois moral et mystique, permettant de saisir l’essence du monde : l’unité du trait de pinceau, acte total, recrée l’unité primordiale du monde sur le papier, dans le cœur de l’artiste et dans celui de tous ceux, ensuite, qui regarderont l’œuvre. C’est un traité de peinture mais aussi de "sainteté", selon la conception du Saint taoïste qui n’a rien à voir avec celle du christianisme.

Quelques lignes de citation, pour donner une idée du contenu. :wink:

Citation:
Le paysage, montagnes et fleuves, exprime la forme et l’élan de l’Univers. Le Ciel enlace le paysage au moyen des vents et des nuages. La Terre anime le paysage au moyen des rivières et des rochers. Si l’on ne se réfère pas à cette mesure fondamentale du Ciel et de la Terre, on ne pourra rendre compte de toutes les métamorphoses imprévisibles du paysage. (…) La Mer possède le déferlement immense, la Montagne possède le recel latent. La Mer peut manifester une âme, la Montagne peut véhiculer un rythme. Mais moi, je perçois! La Montagne, c’est la Mer, et la Mer, c’est la Montagne. Montagne et Mer connaissent la vérité de ma perception : tout réside en l’homme par l’élan du seul pinceau, de la seule encre.

Par le moyen de l’Unique trait de pinceau, l’homme peut restituer en miniature une Entité immense sans rien en perdre : du moment que l’esprit s’en forme d’abord une vision claire, le pinceau ira jusqu’à la racine des choses. Quand la Suprême Simplicité s’est dissociée, la règle de l’Unique trait de pinceau s’est établie. Cette règle de l’Unique trait de pinceau une fois établie, l’infinité des créatures s’est manifestée. C’est pourquoi il a été dit : ma voie est celle de l’Unité qui embrasse l’Universel.


Shitao pestait contre les peintres académiques de son époque, asservis au pouvoir politique, incapables de saisir l’essence mystique de l’art et entichés de tradition et d‘imitation des anciens... :wink:

Citation:
Par le truchement du pinceau et de l’encre, la peinture saisit toutes les créatures de l’Univers et chante en moi son allégresse. Mais nos bonshommes d’aujourd'hui n’entendent rien à cela, à propos et hors de propos ils vous déclarent : "La technique des rides et des points de tel maître constitue une base indispensable. Si vous n’imitez pas les paysages d’un tel, vous ne pourrez laisser une œuvre durable!" (…) A ce train-là, au lieu de se servir des maîtres, on devient leur esclave. Vouloir à tout prix ressembler à tel maître revient à manger ses restes de soupe : très peu pour moi!


Enfin, ces quelques mots destinés à celui qui regarderait son œuvre...

Citation:
Je parle avec ma main, tu écoutes avec tes yeux. Et nous nous comprenons, n’est-ce pas, en un seul sourire...



Le traité est un texte très difficile, reconnu comme tel par tous ceux qui l’ont étudié sérieusement. Je cite ici son premier éditeur critique chinois : "Ce traité qui sans nul doute constitue une des œuvres les plus éminentes de la littérature esthétique de notre pays, est bien digne de notre étude attentive. Mais son texte est obscur et le lecteur peut difficilement en atteindre une compréhension approfondie ; et pour ce qui est de certains termes, leur interprétation varie d’un critique à l’autre." :shock: L’un des meilleurs connaisseurs de l‘esthétique chinoise, Yu Jianhua, reconnaissait avec la modestie qui caractérise les vrais savants :bravo2: : "Dans la littérature esthétique de l’époque Qing, le traité de Shitao est considéré, de l’avis général, comme le texte le plus difficile. Plusieurs endroits m’en sont encore inintelligibles et je me sens fort en peine de leur fournir un commentaire."

Malheureusement, et comme on pouvait s’y attendre, :wink: cette difficulté reconnue n’a pas arrêté en France les commentateurs : je ne donnerai pas de noms, pour ne pas tomber dans la méchanceté :lol: , mais je conseille de se méfier : on a écrit depuis trente ans sur le chef d’œuvre de Shitao un stupéfiant amoncellement de sottises, dont certaines relèvent de l’escroquerie intellectuelle pure et simple. Bien entendu, les auteurs de ces tristes scholies ne savaient pas un mot de chinois. :shock: :x

On doit, heureusement, à Pierre Ryckmans (encore lui, mais nous n’avons pas fini de le rencontrer :wink: ) une très belle traduction des Propos sur la peinture du moine Citrouille-amère (1984, rééditée chez Plon cette année :wink: ) munie d’une indispensable et riche annotation qui en détaille avec un parfait scrupule intellectuel les difficultés et les voies d‘interprétation possibles.


Autre livre incontournable : Shitao, la saveur du monde, aux éditions Phébus (1998), le magnifique album consacré à Shitao par François Cheng, l’un des meilleurs connaisseurs actuels en France de l’esthétique chinoise. L’introduction offre une très belle exégèse des Propos de Citrouille-Amère, plus facile que celle très savante de Ryckmans, mais tout aussi honnête.

Enfin, quelques œuvres de Shitao, en illustration... Je signale que l'avatar de Sam est aussi une peinture de l'Ermite de la Grande Pureté. :wink:

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MessagePosté: 29 Sep 2007, 20:02 
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Shitao est une des lumières de la Chine, bien sûr, merci de l'avoir évoqué. :wink: Moi, en plus de sa peinture j'aime spécialement sa poésie : c'est là surtout qu'il a exprimé sa grande tristesse, avec des accents mélancoliques bouleversants. Mais elle n'est pas beaucoup traduite en français... Dommage.

Sinon, le traité de Citrouille-amère, c'est beau mais c'est trop dur pour moi. :shock: :oops: C'est taoïste plutôt que bouddhiste, et c'est très philosophique. Très obscur... :oops:


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MessagePosté: 29 Sep 2007, 20:21 
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Régicide
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Est-ce que c'est possible de traduire quelques poèmes de Shitao en français, Sam, pour nous donner une idée? :D


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MessagePosté: 29 Sep 2007, 20:35 
Citation:
J’ai à cœur de le présenter, même si je le fais mal, parce qu’il constitue l’antithèse absolue à l’idée que les Jésuites, et après eux les philosophes, se sont faite de la Chine.

Cela semble évident...
Je suis sous le charme. Toutes ces appellations et autres pseudonymes, délicieusement poétiques sont un bonheur...

Les citations relevées sont d'une profondeur saisissante :love:et bouleversante...

Vous en parlez suffisamment bien, Claudine, pour susciter l'envie de lire ce texte, avec appréhension toutefois, vu sa complexité :wink: ... et de connaître la peinture de ce moine... Merci !

Quant aux images présentées, de Shitao, hum ! j'adore !


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MessagePosté: 29 Sep 2007, 21:08 
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Encore de nombreuses lectures en perspective et ardues.

Les illustrations sont superbes en effet ! :D

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Otto de Habsbourg-Lorraine (20 novembre 1912 - 4 juillet 2011)


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MessagePosté: 05 Oct 2007, 20:17 
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Régicide
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Shitao, surnoms et poèmes

Quelques précisions ici sur les surnoms poétiques de Shitao qui plaisent tant à Aude :wink: :D (et dont fait partie le nom par lequel la postérité a choisi de le désigner, sachant que son nom pour l’état civil de l’époque était Zhu Ruoji).
Il s’agit de pseudonymes, connus par ses sceaux qu’il gravait lui-même et apposait selon la règle sur chacune de ses peintures. Il en existe une trentaine en tout, de significations diverses selon les époques de sa vie. Plusieurs illustrent des paradoxes taoïstes, dont bien entendu les deux exemples les plus connus sont Vague de pierre, qu’on pourrait aussi traduire par Mouvement figé, et Citrouille amère (la citrouille étant normalement sucrée). Plusieurs illustrent ses états psychologiques, surtout sa détresse et son sentiment de faiblesse, son dégoût de soi : Sans vertu, Rongé jusqu’à l’os, Vieillard chauve, Demi-homme, Racine obtuse… D’autres font référence à son histoire tragique : Fils aîné, Fils de Jing Jiang (le nom de son père assassiné) ; certains enfin marquent son idéal religieux : Adepte de la Petite Voie, Vénérable aveugle (c’est-à-dire qui a renoncé à la vision physique pour atteindre la vision spirituelle), et surtout le dernier, Disciple de la Grande Pureté.

D’après Sam, ces pseudonymes sont d’inspiration plus taoïste que bouddhiste, et à la fin de sa vie, on sait par une lettre que Shitao écrivit à Zhu Da (un autre génie hors normes de l’époque, qu’il faudra présenter :wink: ) qu’il avait renoncé au bouddhisme pour la Voie, puisque lorsqu’il le prie de décrire dans une peinture son ermitage, il lui demande :
Citation:
Dans le tableau, prenez soin de ne pas signaler mon état de moine ; j’ai laissé pousser mes cheveux et je les noue sur ma tête. J’ai tout lavé, tout purifié vers le haut.

Ce qui signifie qu’il a renoncé au crâne rasé des bouddhistes pour porter le chignon des moines taoïstes (sans qu’on sache s’il a été ordonné ou non).

Sam a eu la gentillesse de traduire quelques textes de Shitao, écrits à la fin de sa vie, pour illustrer la mélancolie du peintre. Merci à lui (même si je l’ai un peu aidé pour la forme en français, je n’aurais jamais pu les traduire seule). :bravo3:


Dans le vent, les feuilles mortes retournent aux racines
Au fil de l’eau je retourne
Dans le brouillard usé jusqu’à la corde. Je vois
Une cabane minuscule, accrochée à la berge du fleuve vert
Epais et doux, les nuages blancs dans l’air froid.


Une cabane sauvage
Seule et désolée
Au flanc de la montagne sauvage.
Un vieil arbre sans fleurs
Se courbe sur la berge :
Après souper, je me promène
Cherchant le calme…
Comme le crépuscule est triste
Pour moi, si amer et si froid!


Encens brûlé, sonne encore la cloche de pierre
Devant les pétales parfumés, le dernier éclat de l’an,
Comment s’étonner que les plants se dégarnissent?
Ce matin j’ai mis de l’encre sur la soie : aussitôt figée en givre.


Je crains de voir les fleurs dans le miroir du monde
Ma vie n’est qu’errance, ma pensée tendue vers l’infini
Quel désir encore quand l’encre a séché, que le pinceau s’est dégarni?
Sur la route sans fin, sans fin le voyageur pleure.
Le soleil se couche derrière les murailles,
La trompe du chasseur sonne au loin.
Puissé-je embrasser le prunier en fleur
Moi qui n’ai plus rien que mes cheveux blancs…


Mendiant, moi le moine Citrouille-amère
Sans vertu, l’adepte de la Petite Voie!
Cinquante ans et je marche encore sans père
Mon corps malade est plus froid que la glace.


Clair de lune répandu sur la montagne
Lueur du petit jour dans le ciel
Naît le vent d’est : il en prend l’éclat
Et le donne à l’Univers dans les fleurs.


Vide le vieux sentier,
Solitaire la vallée où l’eau s’écoule.
Seul, l’oiseau au cœur du printemps,
Soudain son chant dans les montagnes!


Sous mon pinceau, parfum des montagnes et des eaux!
La couleur des arbres a disparu dans la brume lointaine
Un homme dort dans une cabane en ruines
Son cœur erre dans les nuages, dans le tableau.


Plus de cheveux, plus de coiffe! Plus de toit où fuir!
Que je devienne l’homme dans le tableau
Bambou en main, errant dans les roseaux mouillés,
Rejoindre le sans-borne, où terre et ciel sont un.


Les deux derniers poèmes renvoient à un thème connu des lecteurs français, car il a été traité (assez mal à mon goût, trop mélangé à un fatras de lieux communs pas très fins sur la Chine :( ) par Marguerite Yourcenar dans sa célèbre nouvelle "orientale" Comment Wang Fo fut sauvé. Il s'agit d'un thème politique important de l’époque des Qing : lorsque le monde, déréglé par un pouvoir politique intolérable, devient inhabitable pour l’artiste, celui-ci rêve d’entrer dans sa propre peinture où il a reconstitué un monde en harmonie. Shitao, chinois persécuté par le pouvoir mandchou, bouddhiste et/ou taoïste maltraité par une société confucéenne rigide, non-conformiste acharné, est un des artistes du temps qui l’ont le plus illustré.

Shitao a aussi composé en prose, des textes courts où l’on retrouve sa grande souffrance. Voici un extrait daté de 1702, qui est très beau et très représentatif (mais difficile à traduire, Sam dit qu‘il l‘a mal rendu :oops: :wink: ).

Citation:
La veille du nouvel an ; malade, une émotion m’étreint le coeur, mais je n’ai pas de mots pour la dire. Je pense au corps engendré par mes parents, celui qui est à moi : soixante ans déjà! Un corps d’homme, un corps de femme? Je ne sais pas. Je crie comme j’ai dû le faire en naissant. Autrefois, ceux qui m’ont engendré l’ont fait dans la joie : mais moi, germe sans conscience, je ne pouvais leur répondre alors. Aujourd’hui il me reste mon cœur, toujours battant, chair et sang. Dois-je finir ma vie dans le remords et la honte? Peur, chagrin… Face au ciel, comment ne pas pleurer?


En postant, je me rends compte que j’ai une question :?: : est-ce qu’on sait à quoi Shitao fait allusion dans ce texte? D’où viennent sa honte et sa peur, et que signifie cette idée qu’il n’est pas certain de son sexe? Est-ce qu’on possède des détails sur sa vie privée pouvant éclairer ces lignes?

Merci d’avance, Sam! :wink: :mrgreen:


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MessagePosté: 06 Oct 2007, 08:57 
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Non, je ne crois pas qu'on sache sur des détails de sa vie privée.

Pour le fait qu'il ne sait pas s'il est homme ou femme, normalement ça veut dire qu'il ne sait pas s'il peut parvenir au salut : la femme, pour le bouddhisme, ne peut jamais y parvenir parce que son corps l'en empêche. Il cherche à pratiquer l'ascèse bouddhiste et son corps le dérange pour ça, donc il pense que c'est un "corps de femme", impropre au salut. :oops:

Je crois que c'est ça l'explication mais je sens que vous n'allez pas l'aimer. :lol:


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MessagePosté: 01 Nov 2007, 00:22 
Merci infiniment, Claudine et Sam !

Je vous ai lus avec délices ! :fleur02:


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