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MessagePosté: 29 Juin 2009, 15:52 
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Aujourd'hui, juste avant la fermeture de l'été, je commence un nouveau sujet, qui portera sur tout ce qui concerne l'art du thé dans la Chine du XVIIIème siècle.
Si donc je le mène à son terme, ce sujet connaitra un peu de développement. Mais nous verrons. :oops:

Pour le premier message, je propose un petit exposé, très illustré, sur les théières dites Yixing Chahu, qui ont été inventées au XVIème siècle, mais représentent une forme d'art qui s'est pleinement épanoui au XVIIIème siècle, surtout grâce à l'appui des empereurs mandchous.

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Il s'agit de théières modelées dans un grès particulier, la glaise de Yixing, et qui servent à une seule façon de faire le thé, assez spéciale et compliquée. :oops:

Ce grès, qui existe de trois sortes, est caractérisé par une riche composante de Kaolin, ce qui lui donne un aspect vitrifié unique et très esthétique ; mais en même temps, sa cuisson, à température assez modérée, empêche la vitrification totale et lui laisse donc un peu de porosité. Aussi les théières produites sont-elles ensemble très belles et très efficaces : on les dit même « magiques », car grâce à la circulation d'humidité dans leur paroi, elles conservent les arômes et magnifient énormément les thés. :bravo:

Les trois sortes sont la glaise pourpre, la glaise rouge et la glaise brune. La qualité est décroissante dans cet ordre, donc les théières les plus belles et recherchées sont dites « pourpres » : aujourd'hui, elles ne sont presque plus produites, les veines de glaise pourpre étant à peu près épuisées. :oops:

Au XVIIIème siècle, au contraire, ces veines étaient en plein rendement, et on avait mis au point, durant le XVIIème siècle, une technique élaborée pour travailler la glaise et former des théières, non au tour mais par modelage et assemblage. Les empereurs, qui cherchaient à affirmer leur attachement à la culture chinoise profonde, ont particulièrement promu cette matière et ces techniques. Ainsi, ils ont véritablement «produit» les théières pourpres de Yixing comme des objets culturels de haut prestige en Chine. Ils ont patronné et développé, par leurs commandes, une riche école de création de nouvelles formes et d'ornementation.

Il faut savoir que ces théières, normalement, sont rondes et très petites. Leur taille va de la noix au pamplemousse (ce sont les images chinoises utilisées) et elles sont épurées de formes. Toutefois, à partir du XVIIIème siècle et surtout sous Qianlong, on en a produit de carrées, aux angles accentués, et à partir de la « simple » boule, on a inventé des formes assez diverses.

Voici quelques exemples : je ne donne pas les tailles à chaque fois, mais la plus petite mesure 3 cm de haut et la plus grande, 9 cm. Je commence par le modèle créé, à la fin du XVIIème siècle, par l'un des maîtres potiers les plus fameux, Chen Mingyuan, et qui est très sobre, pour passer ensuite à des modèles plus ornés.

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Sous les règnes de Kangxi et Yongzheng, il était interdit de signer les pièces, seul le sceau dynastique pouvait être apposé, ce qui fait que les théières sont anonymes. On aimait alors, y ajouter des couvertures glacées, pour imiter les porcelaines, parfois jusqu'à faire du trompe l'oeil. C'est très beau mais assez stupide :oops: , car on sacrifie la qualité du thé à l'esthétique de l'objet. La couverture rend la théière imperméable et empêche ainsi la circulation des arômes.
La dernière théière est la théière personnelle de Kangxi et elle date de 1711.

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Sous Qianlong, on a encore accentué les effets de décoration, couverture ou découpage. Qianlong aimait surtout les théières incisées de poèmes, et sur sa théière personnelle favorite, il avait fait tracer un poème de sa propre main, en beaux caractères archaïques, très caractéristiques de son style de calligraphe. Il ne se séparait jamais de cette théière, qu'on emportait dans une étagère spéciale lorsqu'il se déplaçait. Comme pour Kangxi, elle est la dernière de la série que je montre. Auparavant, les deux théières entièrement ornées appartenaient également à l'empereur.

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Kong Tseu, La Grande Etude


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MessagePosté: 29 Juin 2009, 18:56 
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Je sens que vous êtes en train, mine de rien, de nous dire des méchancetés sur Kangxi et Qianlong, Sam, hmm? :lol:

Parce que si j'ai bien compris votre texte, leurs théières favorites étaient des grès de Yixing, mais ornés de couvertes imitant la porcelaine, qui les rendaient imperméables et les empêchaient de "respirer"... Autant dire qu'ils n'y connaissaient rien, non? :mrgreen:

Et puis, et Yongzheng, alors? Il n'avait pas théière fétiche? :lol:

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MessagePosté: 29 Juin 2009, 19:51 
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Inscription: 14 Fév 2005, 23:47
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Claudine Cavalier a écrit:
Parce que si j'ai bien compris votre texte, leurs théières favorites étaient des grès de Yixing, mais ornés de couvertes imitant la porcelaine, qui les rendaient imperméables et les empêchaient de "respirer"... Autant dire qu'ils n'y connaissaient rien, non? :mrgreen:


C'est un peu ce que j'ai compris aussi à la lecture. :lol:

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MessagePosté: 29 Juin 2009, 22:15 
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J'ai peut-être exagéré dans ma formulation... :oops: :lol:
Disons, il faut comprendre que si l'on choisit d'employer une théière trop couverte extérieurement, on se prive d'une des qualités majeures du grès de Yixing, qui est sa porosité externe. Cela affectera le parfum des thés et le développement de toute la gamme de leurs arômes... plus ou moins selon leur sorte et leur qualité d'origine. Comme les empereurs ne buvaient que des thés de tout premier choix, ils n'avaient pas beaucoup besoin du "pouvoir magique" de ces théières, qui est vraiment de transmuer les thés moyens en boissons délicieuses. Egalement, il faut tenir compte des variations dans le goût, et au XVIIIème siècle, on prisait moins que de nos jours les arômes floraux, qui sont ceux qui bénéficient le plus de la qualité spéciale des Yixing.

Donc on peut dire que les empereurs faisaient le choix de la beauté, plus que celui de la pleine performance gustative, dans la sélection de leurs théières. C'est compréhensible, car ils étaient avant tout des esthètes, plus que des gourmets.
Dire qu'ils n'y connaissaient rien serait très exagéré :lol: : Kangxi, il est vrai, n'était pas trop fin connaisseur de thés chinois, et il pratiquait surtout le thé à la mandchoue, c'est-à-dire cuit dans du lait (en service de métal précieux ou de jade). Cela naturellement est une horreur pour un esprit chinois, mais c'était sa coutume. Il aimait boire des thés chinois, donc infusés à l'eau, mais modérément. Il en allait autrement de Qianlong, qui était un connaisseur véritable : il a découvert, goûté et fait répertorier plusieurs thés devenus très fameux, dont je reparlerai un peu sans doute, notamment le célèbre Tie Guan Yin.

Yongzheng était un bon buveur de thé également, mais il n'aimait pas beaucoup les théières de Yixing, aussi je ne connais pas de théière de cette sorte qu'il ait particulièrement utilisée :oops: . Il en a commandé pour le Palais, naturellement, mais plus par politique culturelle que par goût privé, semble-t-il. Il prisait beaucoup leur forme, néanmoins, et les a fait imiter en porcelaine, qui était sa matière préférée pour infuser le thé -signe, entre nous, qu'il était connaisseur et véritablement raffiné. :oops:

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MessagePosté: 29 Juin 2009, 22:33 
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Inscription: 20 Fév 2005, 18:49
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D'accord, merci pour ces précisions. J'ai juste une petite question, que je poste avant que le forum ne ferme. :lol:

J'imagine que vous nous parlerez de la cérémonie du thé, qui était "la" grande cérémonie de la cour impériale de Chine, à un moment ou à un autre : mais ce que je n'ai jamais su à ce propos, c'est la nature du thé qui était préparé et servi. Etait-ce un thé à la chinoise, à l'eau, ou un thé à la mandchoue, au lait? Les empereurs consommaient les deux, vous le rappelez, mais quel usage protocolaire en faisaient-ils?

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MessagePosté: 30 Juin 2009, 07:40 
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Inscription: 28 Sep 2007, 13:04
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Je reparlerai certainement de cette cérémonie si je termine le sujet. :oops:

On y buvait le thé au lait, Claudine, car il s'agissait d'un rituel de pouvoir mandchou. Donc cela n'avait pas grand chose à voir, avec l'art chinois du thé :oops: . Cependant la préparation de ce thé lacté était très ritualisée, et compliquée également ; les empereurs entretenaient un "maître" rien que pour lui. Mais sa vaisselle était assez étrange et variable : Qianlong avait fait créer, et collectionné, des pièces très étonnantes et belles autour de ce thé mandchou. Je le traiterai, mais je pensais vraiment le faire en dernier lieu. :oops: Je suis Chinois, donc tout de même, pour moi, le thé véritable, c'est le thé à l'eau! :oops: :mrgreen:

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MessagePosté: 30 Juin 2009, 15:10 
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N'ayant pas d'affinité préférentielle pour les uns ou les autres ni de grande culture chinoise, c'est sans a priori que je viens ici apprendre sur les différents styles, en curieux et en esthète. ;)

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MessagePosté: 30 Juin 2009, 20:02 
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Inscription: 10 Mai 2006, 12:32
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Merci Sam Wong pour ces premières informations.
J'ai hâte de lire la suite, peut-être à la rentrée. :D

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MessagePosté: 30 Juil 2009, 10:59 
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Inscription: 28 Sep 2007, 13:04
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Je continue un peu aujourd’hui cette présentation, en restant, tout d’abord, dans l’optique de la pratique du thé par les trois empereurs du XVIIIème siècle, puisque le sujet s’est orienté dans ce sens. :oops:
Kangxi, comme je l’ai dit, n’était pas un buveur passionné de thés chinois, aussi ses objets personnels de thé ne sont-ils pas aussi nombreux et admirables que ceux de ses deux grands successeurs. Voici cependant, encore dans le cadre des grès de Yixing, un service de thé qu’il employait régulièrement. Il comprend théière, qui est une variante de celle de 1711 que j’ai déjà montrée, tasse et couvercle : sa matière est le grès pourpre glaçuré, avec une ornementation florale très caractéristique des goûts de l’empereur : le style est imité de la peinture de fleurs des Ming, très colorée et réaliste, qui était celle que Kangxi admirait le plus.

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Pour passer à la porcelaine, qui est bien entendu, le matériau impérial de référence pour l’art du thé en Chine au XVIIIème siècle, je commence non par les théières, qui ne sont pas les objets qu’on utilise le plus pour boire le thé, mais par les gaiwan (je ne sais pas la traduction française de ce terme, peut-être « tasse à couvercle ? » :oops: ). Ce sont des récipients assez grands, munis d’un couvercle, qui servent à infuser et boire le thé, à toute heure du jour. C’était cela que les empereurs utilisaient, comme tous les Chinois, lorsqu’ils buvaient le thé dans leur vie courante, sans cérémonie.

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En voici trois appartenant à Yongzheng, où l’on voit bien la parenté avec le style d’ornementation de l’époque de son père, mais aussi l’évolution au fil des années. On va vers plus de légèreté et de finesse dans le style floral, en formes et en couleurs, et dans le troisième exemple, c’est la forme jointe à la profondeur de la couleur, et non plus le motif, qui crée la beauté du modèle. Cela est un trait de l’art de la porcelaine sous Yongzheng, qui a développé, de loin, les formes les plus pures et dépouillées du XVIIIème siècle : c’est pour cela, que l’époque de cet empereur est souvent jugée comme le sommet de l’art de la porcelaine chinois de ce siècle, bien que les critiques soient divisés sur ce point.

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Avec les gaiwan de Qianlong, on voit le retour à des ornementations lourdes, et surtout, le développement d’une très grande complexité des motifs, qui est le trait essentiel de l’ « art Qianlong ». Le raffinement de ces pièces célèbres est extrême, mais on peut les juger bien chargées, et inférieures en cela à celles de l’époque précédente. C’est mon cas :oops: , mais certaines personnes préfèrent le style Qianlong au précédent, c’est affaire de goût.

Toutes ces pièces, naturellement, on été fabriquées dans les fours de Jingdezhen, la capitale de la porcelaine en Chine, qui produisaient presque toute la porcelaine impériale sous les Qing, imitateurs en cela de leurs prédécesseurs chinois Ming. Nulle part ailleurs on ne savait créer des pièces si parfaites en transparence et en éclat.

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MessagePosté: 30 Juil 2009, 20:37 
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Inscription: 20 Fév 2005, 18:49
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J'ai quelques questions bêtes (pour changer :oops: :lol: ) sur ce que vous nous écrivez là, Sam.

Vous dites que Kangxi n'était pas grand amateur de thé à la chinoise, mais il devait bien employer tout de même des objets en porcelaine, non? Je crois me souvenir qu'il a "découvert" et nommé un célèbre thé vert, le Bi Lo Chun, qu'il a poétiquement baptisé "escargot vert du printemps" à cause de ses feuilles roulées :shock: :roll: : ce thé, il ne le buvait pas dans du grès de Yixing, je suppose? Parce qu'infuser du thé vert dans un service en grès, même pour un Mandchou, ce serait un peu fort... :lol: Donc est-ce que vous n'auriez pas quelques pièces de porcelaine appartenant à Kangxi à nous montrer?

Et autre chose, vous expliquez que le style ornemental s'est simplifié et épuré sous Yongzheng, avant de redevenir riche et complexe sous Qianlong. Je ne mets pas en doute cette évolution, mais je me demande si ce n'est pas sous Yongzheng qu'est apparu l'un des styles les plus chargés de la porcelaine chinoise, le fameux "mille fleurs" de la famille rose... :shock: Pouvez-vous confirmer ou infirmer cette idée, qui est peut-être complètement fausse? Et si elle est exacte, comment situer cette innovation par rapport à l'évolution d'ensemble des motifs sous Yongzheng? :?:

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