Stanislas arriva en ses duchés au mois d'avril 1737 et choisit de s'installer à Lunéville plutôt que dans la capitale régionale, manifestant ainsi sa volonté de mettre ses pas dans ceux des ducs héréditaires et marquant aussi sa défiance : l'animosité affichée par la population de Nancy l'inquiétait et il préférait s'en préserver.
Avec l'arrivée de Stanislas, Elisabeth-Charlotte partit pour le château de Commercy laissé inhabité par le cardinal de Retz.
Assoupi dans sa pompe et son éclat, le château de Lunéville avait besoin d'être réveillé. Depuis la mort de Léopold, huit ans plus tôt, le bâtiment n'avait été peuplé que des dernières ombres qui accompagnaient la veuve dans sa solitude.
Stanislas fit réaménager les jardins du château. Les anciens bosquets du duc Léopold étaient bien dégradés et le parc paraissait un peu terne à ses yeux. Avec Héré son architecte, il traça les plans d'une déconcertante maisonnette de bois qui se dressa bientôt en face du château. Une triple toiture à bords retroussés conférait à l'ensemble l'aspect surprenant d'une pagode chinoise plantée en pleine campagne lorraine.
A l'intérieur de ce petit édifice, le rez-de-chaussée formait un salon ouvert sur de larges baies, surmonté d'une galerie destinée à l'orchestre qui animerait les fêtes données dans ce lieu délicieux et intime. Sous les toits, l'étage était consacré aux jeux d'eau. Une grotte de rocailles avec sa cascade dispensait une bienfaisante fraicheur sous la touffeur de l'été et un "salon de bains" aux murs recouverts de faiences permettait aux invités de se détendre dans la douce atmosphère des ondes ravigotantes.
Stanislas donna à sa construction le nom turc de "kiosque". Très vite, la folie de Lunéville devint une curiosité fort prisée et l'on accourut de toute l'Europe pour observer cette étrange chinoiserie.
Coupe et vue du kiosque
Les mois suivants, Stanislas et Héré faisaient construire le Trèfle. C'était un pavillon composé, comme son nom l'indique, de trois avancées revêtues d'une couverture ondulée et surmontée d'une courte tourelle coiffée d'un toit à la chinoise.
Plan et élévation du Trèfle
Les chartreuses constituèrent un ensemble d'une dizaine de pavillons munis de leur propre jardinet destinés aux hôtes de Lunéville.
Et, tout au bout du parc, sur le hameau de Chanteheux, s'éleva un bâtiment carré de style classique abritant deux salons superposés.
Le pavillon de Chanteheux
Celui du bas, le salon d'été, imitait l'obscurité, la rocaille et la fraîcheur d'une grotte agrémentée de fontaines et de statues. Celui du haut en revanche, réservé à la saison froide, était largement éclairé par de larges croisées ouvertes sur le ciel et chauffé par un système ingénieux de cheminées et de poêles.
Dans le parc, un grand canal vint apporter cette indispensable touche versaillaise sans laquelle les plus beaux jardins seraient considérés comme des friches incultes.
Vue du canal