Du château d'Esserteaux (Somme) ne subsistent plus aujourd'hui que le pavillon central et ses ailes basses. On pourrait penser, de prime abord, que la Révolution ou plus sûrement encore la Première Guerre Mondiale - qui a fait disparaître tant de châteaux picards - sont responsables de l'état actuel, si réduit, de l'édifice.
le château d'EsserteauxOr, il n'en est rien. Si la Révolution le déclara bien national et récupéra ses ferronneries pour les besoins de la guerre, s'il passa en différentes mains avant d'être racheté en 1803 par la famille qui l'avait fait construire, c'est finalement sous la Restauration que cette dernière dut s'en séparer et que ce grand château de la fin du XVIII
ème siècle fut démantelé, en 1827, par un marchand de bois qui s'en était porté acquéreur.
Le château d'Esserteaux avait été bâti pour Henri-Gabriel de Béry (1718-1791), époux de sa cousine Anne Berbier du Metz, devenu marquis d'Esserteaux par lettres patentes de Louis XV en 1764.
Il serait l'oeuvre de l'architecte Christophle. Les travaux sur le domaine débutèrent à l'aube des années 1770. La reconstruction totale du château fut décidée dix ans plus tard et achevée en 1786.
Philippe Seydoux a écrit:
"[...] Connue par un dessin, la façade de cet imposant édifice développait, sur la cour d'honneur, une façade en craie taillée [...] qui comprenait 26 travées, de fenêtres en plein cintre et s'organisait autour de trois avant-corps surmontés de frontons.
Le corps de logis [...] comptait quinze travées - soit plus de 70 mètres - élevées de deux niveaux et surmontées d'une balustrade dissimulant la naissance du toit à faible pente.
Il était prolongé par des ailes basses, couvertes de combles à la Mansart d'allure analogue à celle des petites ailes du château actuel.
Le pavillon d'axe [...] est de plan polygonal et doté d'un second étage formant attique. Son décor d'architecture superpose des colonnes à chapiteaux ioniques, des pilastres à chapiteaux corinthiens et de petits pilastres à chapiteaux composites.
Au-dessus, une balustrade chargée de trophées militaires et de griffons encadre un grand cartouche aux armes d'Henri-Gabriel de Béry et d'Anne-Marie Berbier du Metz.
Du côté du parc, un petit fronton remplace le cartouche. La maçonnerie du pavillon, en craie taillée, contrastait de ce côté avec le reste de la façade, appareillée en brique et pierre, conformément à la tradition picarde. [...]"
détail du décor du pavillon centralSources : Gentilhommières en Picardie. Amiénois et Santerre, par Philippe Seydoux (éditions de la Morande)