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 Sujet du message: Petit aperçu de la production architecturale espagnole
MessagePosté: 12 Fév 2010, 18:24 
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Voici un sujet que j'avais commencé à travailler il y a presque un an pour vous le présenter, mais d'autres recherches m'en avaient éloignée.

Je vous le présenterai en plusieurs parties, car il me faut encore trouver quelques illustrations.

En voici donc l'introduction.

Si le début du XVIIème siècle ne supposa aucune rupture avec les traditions artistiques précédentes, il n’en fut pas de même à la fin de ce siècle, au moins en ce qui concerne l’art de la cour.
Après la mort de Charles II en 1699, il y eut un changement brutal tant d’un point de vue politique qu’artistique.
Les nouveaux monarques de la maison de Bourbon, éduqués dans le goût de Versailles, ne se sentaient aucun goût particulier pour l’art de la maison d’Autriche.
Ils firent venir de France et d’Italie des artistes étrangers pour construire et orner leurs palais, peindre leurs portraits et composer la musique qu’ils allaient écouter.
Tous ces changements donnèrent à l’art espagnol un caractère cosmopolite l’intégrant au courant international.
Parallèlement, les formes artistiques traditionnelles, malgré leur dépréciation vis à vis de la cour, continuèrent à s’exprimer avec les nouveaux langages, créant un panorama riche et complet dans lequel il n’est pas toujours facile de classifier les différentes manifestations du baroque (
el castizo (le pur) et l’international), du rococo et du rationalisme précoce et fonctionnel qu’apportèrent les ingénieurs militaires à l’architecture.
Par ailleurs, l’amélioration économique, accompagnée d’une plus grande efficacité de l’administration, permit, tout au long du siècle et sur tous les territoires, un changement artistique de grande envergure.
Ainsi dans le domaine urbanistique on assista à l'apparition de nouvelles villes, à la création de nouvelles routes et à la réforme totale d’un grand nombre de celles existantes.


Si vous avez des questions, n'hésitez, surtout pas, car j'ai travaillé à partir d'un ouvrage en espagnol et j'ai, parfois, moi-même eu quelques difficultés à comprendre le sens de ce que je lisais. :wink:

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 Sujet du message: Re: Petit aperçu de la production architecturale espagnole
MessagePosté: 12 Fév 2010, 19:46 
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Je vous lirai avec intérêt, Maria-Antonia. :D

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 Sujet du message: Re: Petit aperçu de la production architecturale espagnole
MessagePosté: 12 Fév 2010, 21:40 
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Moi aussi, moi aussi! :D
Je me réjouis d'avance à l'idée de tout ce que je vais apprendre en vous lisant.

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 Sujet du message: Re: Petit aperçu de la production architecturale espagnole
MessagePosté: 12 Fév 2010, 23:03 
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Merci Maria-Antonia...j'attends la suite avec intérêt. :D

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 Sujet du message: Re: Petit aperçu de la production architecturale espagnole
MessagePosté: 15 Fév 2010, 20:15 
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Voici la suite :

Une génération d’architecte entre deux siècles.

Durant les dernières années du règne de Charles II et une bonne partie de celui de son successeur, Philippe V, l’architecture espagnole souffrit d’une exubérance décorative qui allait jusqu’à masquer les structures traditionnelles et qui dissimulait, à travers l’abondance du décor, l’appauvrissement de l’architecture, et qui, plutôt que de créer de nouveau espaces, se contentait d’agencer ceux existants.

Normalement cette exubérance décorative se concentrait en façade autour des portes et des baies, comme au palais du marquis de Dos Aguas à Valence (1740) de Hipólito Rovira ou dans les réalisations de Pedro de Ribera (1681-1742) où ses portes fantastiques se superposaient sur des édifices dont la structure pouvait être presque entièrement en fer forgé.

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Palais du marquis de Dos Aguas par Hipólito Rovira

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Porte de la chapelle Monte de Piedad à Madrid (1733) par Pedro Ribera.

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Palais du marquis de Perales à Madrid (1732) par Pedro Ribera


Le caractère surchargé, de rhabillage, de ce type d’architecture ornementale resta patent si nous considérons comment, quand l’Académie Royale des Beaux-Arts de San Fernando à Madrid s’installa dans un palais construit par José Benito Churriguera (1665-1725), celui-ci fut complètement transformé en un édifice classique en démontant seulement sa façade primitive pour la remplacer par une plus sobre dessinée par Diego de Villanueva (1715-1774).

La raison de cette tendance ornementale de l’architecture traditionnelle espagnole peut s’expliquer dans le fait que beaucoup de ceux qui s’y consacraient n’avaient pas d’autre formation que celle d’installateur de retables ou de peintre comme Rovira cité plus haut.
Parallèlement, à côté de ces installateurs de retable transformés en constructeurs, à la fin du dernier quart du XVIIème siècle, apparut aussi une brillante génération d’architectes qui élevèrent quelques-unes des œuvres les plus spectaculaires de l’architecture baroque espagnole, dont une bonne partie sous le règne de Philippe V. Ces architectes furent Leonardo de Figueroa (1650-1730) à Séville, Francisco Hurtado (1669-1725) à Grenade et les frères José Benito Churriguera (1665-1725) et Joaquin Churriguera (1674-1724) à Salamanque et Madrid.

La parure architectonique avait une grande importance pour chacun d’eux (certains comme José Benito Churriguera, avaient reçut une formation d’installateur de retable) mais leurs constructions se hissaient à un autre niveau, en ce qu’elles posaient et résolvaient des problèmes de caractère véritablement architectonique.

Par exemple, dans la première œuvre de Leonardo Figueroa à l’Hospital de los Venerables (1687) de Séville, il accorde une grande importance aux possibilités décoratives des briques, par contraste de leur couleur rouge avec le blanc des murs. Et à l’église San Luis (1699- 1730), sa réflexion sur la possibilité de positionner de façon centrale de surprenantes colonnes salamanques, le place à égalité avec des expériences similaires de l’architecture baroque romaine.

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Hôpital de los Venerables à Séville (1687) par Leonardo Figueroa

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Eglise San Luis à Séville (1699-1730) par Leonardo Figueroa

Nous pourrions dire la même chose des jeux complexes d’espaces proposés par Francisco Hurtado à la sacristie du monastère de la Cartuja de Grenade (1702) et à la Cartuja de Santa-Maria del Paular (1718), où sa réalisation propose une savante utilisation de la lumière. Elle se reflète ou se brise sur la multitude de plaques et ressauts de la décoration qui couvre complètement les murs.

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Sacristie du monastère de la Cartuja de Grenade (1702) par Francisco Hurtado

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La Cartuja de Santa-Maria del Paular (1718) par Francisco Hurtado

José Benito Churriguera travailla plus comme installateur de retable qu’en tant qu’architecte, mais on lui doit une des réalisations urbanistiques les plus importante de son temps, le Nuevo Baztán (1709) à proximité de la cour. Il s’agissait d’une ville nouvellement implantée, dessinée pour l’industriel navarrais Don Juan de Goyeneche qui disposait autour de son palais d’un véritable complexe industriel qui incluait une église, des ateliers et des logements pour les ouvriers organisés autour de trois places reliées entre elles.

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Palais et église du Nuevo Baztán (1709) par José Benito Churriguera

Après cette ville José Benito Churriguera éleva différentes églises à Madrid, dont l’architecture était marquée par le baroque castizo, mais se dirigeant de plus en plus vers le baroque international.

La génération suivante d’architectes était constituée de Pedro de Ribera (1683-1742), Narciso Tomé (actif de 1715 à 1742) et Fernando Casas Novoa (mort en 1749). Ils maintinrent vivante la tradition de l’architecture castiza qui rencontra à travers leurs œuvres quelques-unes unes de ses manifestations les plus caractéristiques. Par exemple, au monastère de San Martin Pinario (1741) et la façade del Obradoiro de la cathédrale de Santiago à Compostelle par Fernando Casas Novoa ou le pont de Tolède à Madrid (1719) et la façade de l’Hospice (1722) de Pedro de Ribera, qui utilisa une ornementation plus proche du rococo européens.

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Maître-autel de San Martin Pinario (1741) par Fernando Casas Novoa

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Façade del Obradoiro de la cathédrale de Santiago à Compostelle par Fernando Casas Novoa


Plus intéressante sont les expériences de Narciso Tomé au Transparente de la cathédrale de Tolède (1721), couvert d’un décor rococo où se trouve une synthèse complète de la peinture, la sculpture et l’architecture à travers une œuvre d’art total de caractère fortement scénographique et théâtral pour visualiser à l’intérieur du temple une véritable espace miraculeux.


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Transparente de la cathédrale de Tolède (1721) par Narciso Tomé

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 Sujet du message: Re: Petit aperçu de la production architecturale espagnole
MessagePosté: 17 Fév 2010, 12:45 
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C'est un très beau sujet, et très instructif, merci beaucoup. Les monuments sont vraiment spectaculaires : mais chargés, n'est-ce pas?

J'ai une question sur la dernière image : celle du "transparente". Qu'est-ce qui est figuré au milieu, avec les rayons? Claudine, à qui j'ai déjà demandé :oops: , m'a dit qu'elle croyait que c'était peut-être une représentation de la présence de Dieu dans l'hostie, un "saint sacrement", mais sans être certaine. Mais je croyais qu'on ne pouvait pas représenter Dieu dans l'art chrétien. :?:
Moi, si on me demande mon avis, je dis que c'est le soleil, mais c'est un dieu païen, donc ce n'est pas la bonne réponse. :oops: :lol:
Merci d'avance de votre réponse. :D

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 Sujet du message: Re: Petit aperçu de la production architecturale espagnole
MessagePosté: 17 Fév 2010, 18:34 
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Je vous l'accorde, c'est une architecture très chargée !!! :P La suite le sera un peu moins ! :wink:

Concernant les rayons, c'est très probablement une représentation de Dieu ( la religion catholique représente Dieu de façon symbolique). Au XVIIème siècle et au XVIIIème siècle il est fréquent de représenter Dieu avec un triangle sur lequel est inscrit Jehovah en lettres hébraïques lui-même placé au centre d'un cercle rayonnant qui représente l'éternité.

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 Sujet du message: Re: Petit aperçu de la production architecturale espagnole
MessagePosté: 18 Fév 2010, 18:54 
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Je vous remercie de votre réponse.
Je n'ai pas pensé, en écrivant, que je connaissais une représentation chrétienne de Dieu : celle sous forme d'un vieil homme barbu. Mais j'ignorais la figuration symbolique que vous mentionnez. :oops:

J'ai hâte de lire la suite de votre sujet. :D

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 Sujet du message: Re: Petit aperçu de la production architecturale espagnole
MessagePosté: 23 Fév 2010, 20:42 
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Voici un nouveau volet :

L’architecture des ingénieurs militaires et autres expériences architecturales.

Les œuvres précédemment citées constituent autant de pièces fondamentales de l’architecture espagnole et peuvent manifester qu’il n’est pas certain que la seule architecture importante du XVIIIème siècle fut celle développée dans les sites royaux par les architectes étrangers appelés par le roi.

Tout au contraire, le panorama architectural du moment était très riche et en quelques lieux de la périphérie s’élevait un autre type d’expériences véritablement intéressantes.

Par exemple, celle de Vicente Acero (actif de 1714 à 1738) à la cathédrale de Cadix (1720) (il y avait une réflexion sur les cathédrales lancée par Siloe), de Jaime Bort (mort en 1754) à la cathédrale de Murcie (1741), de Conrad Rudolf (en Espagne de 1701 à 1707), un architecte autrichien venu avec la suite de l’archiduc Charles, qui rompit avec la tradition espagnole des façades planes en en projetant une curviligne à la cathédrale de Valence (1703), ou encore de son disciple Pedro Costa (1699-1761) avec l’escalier monumental de la cathédrale de Gérone.

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Cathédrale de Cadix (1720) par Vicente Acero

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Cathédrale de Murcie (1741) par Jaime Bort

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Cathédrale de Valence (1703) par Conrad Rudolf

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Escalier monumental de la cathédrale de Gérone par Pedro Costa

Une mention spéciale sanctionne l’activité des ingénieurs militaires, un nouveau corps créé par Philippe V par imitation de ce qui existait en France. Au début, le corps était presque exclusivement formé d’ingénieurs français et flamands qui laissèrent place à une nouvelle génération d’ingénieurs espagnols qui appartenaient aux premières promotions de l’Académie créée pour leur formation.

Initialement leurs compétences se limitaient à la construction de ponts, de fortifications, d’arsenaux et de casernes dont beaucoup vinrent à avoir des dimensions urbaines, comme par exemple la Barceloneta (1749) quartier de Barcelone projeté par Pedro Martín Cermeño (mort en 1792), ou comme la base navale de El Ferrol (1751).

Les édifices construits par ces ingénieurs démontraient un concept basique rationnel et fonctionnel de l’architecture (et par là même radicalement opposé à tout excès ornemental) qui rapidement se transmis aussi à l’architecture civile au moment où, par une solide préparation, ils commençaient à recevoir commande pour un autre type d’édifice qui était toujours de type industriel.

Les exemples typiques de cette architecture sont l’université de Cervera (1718) du français François Montagut, la fabrique de tabac de Séville (1731) projetée par le flamand Sébastien van de Beer ou la nouvelle cathédrale de Lérida dessinée par l’espagnol Pedro Martín Cermeño

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Université de Cervera (1718) par François Montagut : façade et chapelle

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Fabrique de tabac de Séville (1731) par Sébastien van de Beer : porte principale, façade sud et le patio principal

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Nouvelle cathédrale de Lérida par Pedro Martín Cermeño


L’activité des ingénieurs militaires fut surtout importante en Catalogne. Son académie, implantée à Barcelone, fut, plus que l’Académie des Beaux-Arts, celle qui marqua le développement de l’architecture catalane.

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Dernière édition par Maria-Antonia le 22 Nov 2010, 21:01, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Petit aperçu de la production architecturale espagnole
MessagePosté: 23 Fév 2010, 22:29 
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Merci pour cette suite de votre visite guidée... :D

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