
texte extrait du livre
Le nouvel Amiens, sous la direction de Marc Breitman et Rob Krier (éditions Mardaga, 1989)

"[...] La naissance du Corps d'écuries des Gardes du Roi dit hôtel de Cérisy (du nom des précédents acquéreurs), avait été l'occasion d'un vif conflit entre la municipalité désireuse de voir s'édifier avant tout une halle aux grains couverte qui manquait à la ville et l'intendant Dupleix soucieux d'héberger les 360 chevaux de la Compagnie des Gardes du corps du Roi aux ordres du duc de Luxembourg.
Ils résidaient jusque là dans des auberges particulières. Les officiers quant à eux habitaient chez l'habitant, source de libertinage dû à leur
vie oisive et galante, ce qui faisait considérer le séjour en ville de la Compagnie de Luxembourg comme un
fléau.
Remarquable réalisation du nouveau style néoclassique marqué par la simplicité de la décoration et la primauté de la ligne droite succédant aux courbes et contre-courbes du Baroque, les écuries de Cérisy, baptisées quartier Stengel en l'honneur de cet humble combattant de la guerre de 1870, peut compter parmi les plus beaux monuments d'Amiens.
L'hôtel de Cérisy se reflétant dans la façade de la Maison de la CultureDans les
Affiches de Picardie de 1771, Sellier y voit le prototype
du bon goût de l'architecture antique qui fait aujourd'hui les délices de la capitale.Cérisy marque en effet le triomphe spectaculaire du retour au grec antique, chassant le prétendu
petit goût de la chicorée et de la rocaille. Quoi d'étonnant dans ce manifeste amiénois, puisque son architecte Oudot de Maclaurin, fils naturel croit-on, du mathématicien écossais Maclaurin et connu pour avoir dressé la tour sud de Saint-Sulpice de Paris, avait été le collaborateur intime d'un grand artiste, disparu en juin 1765, François Barreau de Chefdeville, qui en 1756 décorait à l'antique et à la grecque le cabinet du fastueux amateur La Live de Jully.
Le choix de Maclaurin s'explique en fait par la faveur spéciale de l'Intendant des Finances Charles Boutin, gendre et successeur de Chauvelin, venu de Bordeaux où précisément il avait suggéré pour l'église de Nérac de remplacer feu Barreau par celui qui était
fort son amy.
Commencée en mars 1768 et achevée en 1771, la construction fut entreprise par le vieux Jumel-Riquier sous la direction constante de Maclaurin, à qui l'on doit les dessins et les maquettes. D'une harmonie noble et régulière à effet monumental malgré l'espace réduit, l'édifice est rythmé par deux avant-corps latéraux à bossages et deux puissantes corniches modillonaires. Si la pierre jaune de Vaux-lès-Corbie est exclusive en façade, les diverses parties de l'édifice détruites en 1940, présentaient l'appareillage picard caractéristique composé de pierre blanche et de brique rouge (orange quand elle est cuite au bois) qui est encore visible sur les côtés. [...]
Jacques Foucart-Borville"
Je tâcherai d'aller faire des photos
du Stengel comme l'on dit ici. Elles seront sans doute moins artistiques que celle trouvée sur Flickr.com mais vous permettront peut-être de le voir plus nettement.
